L'assurance-vie luxembourgeoise gagne en popularité en France

L'assurance-vie luxembourgeoise connaît une forte croissance auprès des épargnants français, avec 16,4 milliards d'euros collectés en 2025, selon l'Association des Compagnies d'assurances du Luxembourg. Cela représente plus de 53 % des 31,1 milliards d'euros collectés au Luxembourg cette année-là.

Au Luxembourg, la croissance dépasse celle de la France

Si ce montant reste inférieur aux 192,1 milliards d'euros collectés au titre des contrats d'assurance-vie français, le taux de croissance est plus élevé au Luxembourg. En 2025, la collecte en France a progressé de 10 % par rapport à 2024, tandis que la collecte au Luxembourg auprès des Français a augmenté de 20,3 %. En 2024, la hausse atteignait déjà 58,1 % par rapport à 2023.

Les avantages fiscaux ne sont pas le principal moteur

La croissance de l'assurance-vie luxembourgeoise n'est pas attribuée aux avantages fiscaux, dans la mesure où la législation fiscale française s'applique aux personnes fiscalement résidentes en France. Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l'Épargne, précise que l'assurance-vie française bénéficie déjà d'une fiscalité relativement avantageuse, notamment après huit ans de détention, avec un taux d'imposition réduit sur les gains et un abattement fiscal de 4 600 euros.

D'éventuelles évolutions fiscales pourraient toucher l'assurance luxembourgeoise

Toutefois, le projet de loi de finances pour 2027 pourrait réserver ces avantages fiscaux aux seules assurances-vie françaises, ce qui pourrait alourdir l'imposition des assurances-vie luxembourgeoises si la mesure est adoptée.

La sécurité perçue alimente l'intérêt

L'engouement pour l'assurance-vie luxembourgeoise tient avant tout à la sécurité perçue de ces contrats. Les assureurs luxembourgeois mettent en avant le « super-privilège » et le « triangle de sécurité ». Le super-privilège garantit aux détenteurs de contrats le statut de créanciers de premier rang en cas de défaillance, leur remboursement étant prioritaire sur les autres dettes.

Le triangle de sécurité protège les actifs

Le triangle de sécurité repose sur des banques dépositaires indépendantes agréées par l'autorité de contrôle luxembourgeoise, le Commissariat aux assurances (CAA), qui détiennent les actifs des souscripteurs et les protègent en cas de défaillance de l'assureur.

Les craintes d'une intervention de l'État

Cette sécurité perçue est liée à la crainte d'une éventuelle « faillite de l'État », accentuée par la loi Sapin 2 de 2016, qui permet à l'État de limiter temporairement les retraits sur les contrats d'assurance-vie en cas de crise financière. Philippe Crevel fait toutefois valoir que cette mesure vise à prévenir les paniques bancaires et n'implique pas un accès direct de l'État à l'épargne.

Des barrières d'entrée plus basses favorisent l'accessibilité

La croissance de l'assurance-vie luxembourgeoise s'explique également par la démocratisation du produit. Auparavant, le ticket d'entrée était élevé, généralement de 250 000 euros, ce qui réservait le produit aux personnes aisées. Cependant, les offres récentes des banques en ligne et des fintechs ont abaissé cette barrière d'entrée.

Un éventail d'investissements plus large au Luxembourg

L'assurance-vie luxembourgeoise offre également un choix plus large de supports d'investissement, certains contrats donnant accès à plus de 4 000 produits, contre environ 600 en France. Philippe Crevel s'interroge toutefois sur le bien-fondé de cet engouement, en citant le cas de FWU Life Insurance Lux, placée en liquidation en 2025, qui a touché 30 000 contrats français.

Remboursements retardés, plaintes déposées

Le remboursement des épargnants concernés était attendu à partir de 2028, et certains ont déposé plainte pour fraude. Malgré ces dispositifs de sécurité, Philippe Crevel souligne que le scénario d'une faillite de l'État français reste lointain, et que le triangle de sécurité pourrait ne pas protéger pleinement les actifs français au Luxembourg dans une telle hypothèse.