Des fourmis blessées reçoivent différents soins selon l'emplacement de la blessure

Les fourmis ouvrières de l'espèce Camponotus floridanus soignent les blessures aux pattes de manière différente selon l'endroit où se situe la plaie. Si la blessure se trouve au niveau du fémur, la partie supérieure de la patte, les fourmis amputent le membre. Si la blessure se trouve au niveau du tibia, la partie inférieure de la patte, elles se contentent de nettoyer la plaie avec leurs mandibules.

L'amputation améliore considérablement les taux de survie

Selon une étude menée par Erik Frank et son équipe, l'amputation d'une blessure au fémur fait passer le taux de survie des fourmis blessées de moins de 40 % à plus de 90 %. En revanche, le nettoyage d'une blessure au tibia porte la survie à environ 75 %, ce qui montre que l'emplacement du traitement influence fortement le résultat.

Les fourmis ne disposent pas de glande désinfectante chimique

L'espèce Camponotus floridanus a perdu sa glande métapleurale, qui chez d'autres fourmis produit des substances antimicrobiennes pour désinfecter les plaies. Privées de cet outil chimique, les fourmis ont développé une alternative mécanique : une chirurgie collective pour contrôler les infections.

L'emplacement de la blessure influence la vitesse de l'infection

L'endroit de la blessure influe sur la rapidité avec laquelle les agents pathogènes se propagent. Dans le cas des blessures au tibia, où l'hémolymphe, un liquide semblable au sang, circule plus vite, les bactéries peuvent atteindre le reste du corps en cinq minutes. L'amputation arrive alors trop tard pour être efficace, c'est pourquoi les fourmis se contentent de nettoyer la plaie.

L'amputation est un processus long

L'amputation d'une blessure au fémur oblige les fourmis à mordre de façon répétée pendant au moins 40 minutes, et parfois plus de trois heures. Ce processus lent laisse suffisamment de temps pour empêcher l'infection de se propager, ce qui rend la chirurgie efficace. Dans des expériences contrôlées, ce comportement a été observé dans 76 % des cas de blessures au fémur.

Un comportement collectif sans contrôle central

L'étude publiée dans Current Biology met en lumière la précision de ce comportement collectif. Les fourmis agissent sans cerveau central ni communication verbale, ce qui témoigne d'une remarquable capacité à diagnostiquer et à soigner les blessures en fonction de leur emplacement. Ce comportement remet en question les hypothèses antérieures sur les pratiques médicales des insectes.

La recherche s'étend à d'autres espèces de fourmis

L'équipe d'Erik Frank a précédemment étudié Megaponera analis, une autre espèce de fourmis qui utilise des composés antimicrobiens pour traiter les blessures. Elle étudie désormais si un comportement chirurgical similaire existe chez d'autres espèces de Camponotus. Ces travaux pourraient modifier notre compréhension de la médecine collective chez les insectes sociaux.