Le film fête son soixantième anniversaire
La Bataille d'Alger, réalisé par Gillo Pontecorvo, célèbre son soixantième anniversaire. En 1966, le film est présenté à la Mostra de Venise, où il remporte le Lion d'or.Cadre et contexte
Tourné au cœur de la Casbah, quelques années seulement après l'indépendance de l'Algérie, ce film, qui ressemble à un documentaire, retrace l'un des épisodes les plus marquants de la guerre de libération.Une réception controversée en France
En France, où les autorités parlent encore des « événements d'Algérie », le film fait polémique. Bien qu'il ait obtenu un visa d'exploitation en 1970, sa diffusion a été entravée par des pressions, des menaces et des violences.Un regain d'intérêt et une diffusion à la télévision
Ce n'est qu'en 2004 qu'il connaît un véritable regain à l'échelle nationale et qu'il est diffusé sur Arte. Dès les premières images en noir et blanc, le spectateur connaît l'issue tragique de la bataille.Intrigue et personnages
Octobre 1957. Ali la Pointe, de son vrai nom Ali Ammar, et trois autres combattants pour l'indépendance sont encerclés par les parachutistes du colonel Mathieu. Repliés dans leur cachette, ils vivent leurs dernières heures.Retour en arrière et transformation
Un flashback retrace ensuite le parcours d'Ali la Pointe, qui passe de la délinquance à la lutte armée et devient l'une des figures du Front de libération nationale (FLN). Torture, humiliations, attentats et répression : pendant deux heures, Pontecorvo plonge le spectateur dans la violence de la guerre coloniale.Le rôle des femmes algériennes
Le réalisateur s'intéresse également aux femmes algériennes, dont l'engagement évolue au fil du conflit. Agentes de liaison, messagères, puis combattantes engagées dans des opérations clandestines, elles jouent un rôle actif dans la résistance.Le symbolisme du voile
Le voile, symbole de la résistance face à la puissance coloniale. Les femmes algériennes participent à la lutte pour l'indépendance dès les premières années de la guerre. Elles assurent des missions de liaison, transportent des messages et distribuent des tracts.Des premières réticences face à leur engagement
Leur participation aux opérations clandestines suscite d'abord des réticences au sein du mouvement nationaliste, en raison des violences auxquelles elles pourraient être exposées. Dans L'An V de la révolution algérienne, le psychiatre et militant du FLN Frantz Fanon consacre un chapitre à leur engagement.Le rôle des femmes dans le film
Dans le film, une femme intervient dès la première mission confiée à Ali la Pointe, destinée à tester sa loyauté envers le FLN. Alors qu'il doit abattre un policier, elle lui remet une arme, qu'elle reprend ensuite et dissimule sous son voile.La vision coloniale des femmes
Au-delà de sa dimension culturelle, le voile revêt une importance politique sous la colonisation française. L'administration coloniale considère les femmes algériennes comme le cœur d'une société qu'elle cherche à transformer, notamment à travers les campagnes de dévoilement.Idéologie coloniale et résistance
Frantz Fanon rapporte les propos qu'il attribue à la pensée coloniale : « Si l'on veut frapper la société algérienne dans sa structure, dans ses capacités de résistance, il faut d'abord conquérir les femmes ; il faut aller les chercher derrière le voile où elles se cachent et dans les maisons où les hommes les dissimulent. »Effet de la pression coloniale
Pourtant, cette volonté de soumettre les femmes aux normes occidentales produit aussi l'effet inverse. Face aux offensives coloniales, la femme algérienne « a renforcé les conduites traditionnelles », observe Fanon.Le voile, symbole de résistance
Porter le voile dans l'espace public devient une manière d'affirmer son appartenance à une société que la puissance coloniale cherche à dominer. Dans l'intimité des foyers, en revanche, les femmes algériennes ne se couvrent pas systématiquement, comme le montre une scène de mariage dans le film.S'adapter pour résister
Et lorsque la lutte l'exige, les combattantes n'hésitent pas à abandonner temporairement leur voile pour échapper à la surveillance de l'armée française. Elles se dévoilent pour contourner les contrôles de l'armée française.L'escalade du conflit
À partir de 1956, le rôle des femmes prend une « dimension véritablement gigantesque », selon les mots de Frantz Fanon. À Alger, la résistance organisée par le FLN, notamment sous la direction de Yacef Saadi, s'intensifie.Un attentat majeur dans la Casbah
Dans la nuit du 9 au 10 août 1956, une bombe placée par des activistes favorables à l'Algérie française explose rue de Thèbes, au cœur de la Casbah. L'attentat fait de nombreuses victimes parmi les habitants, dont des enfants, et marque une nouvelle étape dans l'escalade de la violence.La réponse coloniale à la résistance
Les contrôles sont renforcés aux entrées et aux sorties des quartiers algériens. Les forces françaises cherchent à empêcher les combattants pour l'indépendance de se déplacer et de mener leurs opérations.Des femmes, actrices clés
Pour échapper à cette surveillance, les femmes jouent un rôle crucial. L'une des scènes les plus célèbres de La Bataille d'Alger est précisément celle de leur dévoilement.Transformation et mission
Réunies dans une pièce, trois jeunes Algériennes abandonnent leur voile pour porter des vêtements occidentaux. Assises devant un miroir, elles se coupent les cheveux, les coiffent et se maquillent. Leurs gestes sont minutieux.Camouflage et infiltration
En quelques instants, leur apparence change. Elles ressemblent désormais aux Européens qui vivent à quelques rues seulement de chez elles, mais elles restent séparées par l'ordre colonial.La perception coloniale du changement
Frantz Fanon décrit cette transformation dans L'An V de la révolution algérienne : « Elle est radicalement transformée en Européenne, pleine d'aisance et de nonchalance, insoupçonnable, submergée dans le milieu. »La réalisation de la mission
Vêtues à l'européenne, les trois femmes franchissent les contrôles sans éveiller de soupçons. Elles peuvent désormais circuler dans les rues du quartier européen, jusque-là difficiles d'accès pour les combattants clandestins.Surveillance coloniale et résistance
« Le manteau protecteur de la casbah, le rideau de sécurité presque organique que la ville arabe tisse autour de l'indigène, se retire, et l'Algérienne exposée est lancée dans la ville du conquérant », raconte Fanon.Réaction militaire et cibles
Les parachutistes les laissent passer, parfois même avec un sourire. Quelques instants plus tôt, ces mêmes soldats surveillaient de près les allées et venues des habitants de la Casbah.Mission et impact
Mais derrière cette apparence européenne, les trois femmes ont une mission : poser des bombes dans des établissements fréquentés par des civils européens, sur ordre du FLN.Les événements historiques dans le film
Le film reconstitue notamment les attentats du Milk Bar et de la Cafétéria, perpétrés le 30 septembre 1956 à Alger, qui firent plusieurs morts et de nombreux blessés.Des personnages féminins peu développés
Combattantes déterminées, mais personnages secondaires. Si La Bataille d'Alger montre l'engagement des femmes dans la lutte pour l'indépendance, leurs personnages restent peu développés.Une focalisation sur les actes, et non sur les récits
Pontecorvo filme leurs actions, leurs gestes et leur détermination, mais s'attarde rarement sur leurs parcours personnels, leurs convictions ou leurs aspirations. Dans La Bataille d'Alger, les femmes transportent des armes, franchissent des barrages et risquent leur vie.Des histoires individuelles restées dans l'ombre
Elles parlent pourtant peu. Derrière ces combattantes se cachent pourtant des destins singuliers, comme ceux de Zohra Drif ou de Djamila Bouhired, qui méritent eux aussi de trouver leur place dans le récit de la libération de l'Algérie.