Un nouvel essai de Lou Lootgieter explore les thèmes queer cachés de la littérature francophone, retraçant leur évolution depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Intitulé Les Dessous lesbiens de la littérature, l’ouvrage s’inscrit dans la continuité de Les Dessous lesbiens de la chanson, coécrit précédemment par Lootgieter, qui analysait les textes d’artistes comme Barbara, Brigitte Fontaine et Juliette Armanet. Illustré par Julie Feydel, cet essai revisite les œuvres d’icônes lesbiennes telles que Monique Wittig et Virginie Despentes, tout en mettant en lumière les sous-textes, les questions sous-jacentes et les « stratégies de dissimulation » employées par les auteurs au fil du temps. Lootgieter souligne comment Mireille Havet a utilisé un alter ego masculin en 1922 pour décrire son amour passionné pour la comtesse de Limour, ou encore comment George Sand a transformé l’objet de son désir, l’actrice Marie Dorval, en une comédienne dans La Marquise (1832) afin d’éviter la censure. L’essai aborde également l’usage du nom du mari de Colette comme pseudonyme pour Claudine à l’école (1900), ainsi que des lectures originales des sous-textes lesbiens dans Bonjour tristesse de Françoise Sagan, Stupeurs et tremblements d’Amélie Nothomb et les romans de Marguerite Yourcenar. L’ouvrage ne se contente pas d’énumérer des récits queer : il mêle entretiens avec des universitaires et des auteurs, analyses personnelles et contextualisations historiques. Lootgieter décrypte l’écriture avant-gardiste de Monique Wittig, Nina Bouraoui et Anne F. Garréta, insistant sur la manière dont le désir de s’affranchir des cadres binaires et de la société hétéronormative a conduit à une langue expérimentale et à une remise en question des « récits dominants ». Des figures plus conservatrices, comme Marguerite Yourcenar, sont mises en regard avec la pensée anti-valide de Frieda Ekotto, autrice de Chuchote pas trop (L’Harmattan), et l’anti-colonialisme de Léonora Miano, qui cherche à dissiper « l’idée fausse selon laquelle ces relations émotionnelles et sexuelles seraient une pratique européenne ». L’essai réexamine aussi la réception de textes radicaux tels que Baise-moi de Virginie Despentes ou Love Me Tender de Constance Debré, montrant comment l’homosexualité y est souvent passée sous silence ou reléguée au second plan. Considéré comme un travail essentiel dans la lignée des études queer en milieu académique, l’ouvrage rend justice aux récits queer en leur offrant une place méritée. Il est perçu comme une entreprise de vulgarisation nécessaire face aux offensives conservatrices dans le monde du livre. Publié aux éditions Points/« Points Féministe », l’ouvrage compte 336 pages et est disponible au prix de 12,90 € en librairie à partir du 5 juin.