Entre l’annonce, par le ministère suédois de la Défense, du choix de la frégate de défense et d’intervention (FDI, ou classe Ronarc’h) et le début de la construction du premier des quatre exemplaires commandés, seulement cinq mois se sont écoulés. Dans le domaine des programmes d’armement, un délai aussi court est plutôt rare et mérite d’être souligné. Le 2 octobre, le groupe Naval Group, grand constructeur naval français, a annoncé que la cérémonie de découpe de la première tôle de la frégate Luleå avait eu lieu à Lorient, en France. Le contre-amiral Fredrik Lindén, responsable des systèmes navals à l’Administration suédoise du matériel de défense (FMV), a présidé l’événement. Celui-ci s’est déroulé malgré la signature du contrat, d’une valeur de 4,3 milliards d’euros, intervenue seulement le 31 août. Vincent Martinot-Lagarde, directeur de la division « navires de surface » chez Naval Group, a indiqué que tous les sites et équipes sont pleinement mobilisés pour la réussite du programme, en étroite collaboration avec la FMV, tant en France qu’en Suède. Il a souligné que l’entreprise est en mesure de livrer deux unités FDI par an, grâce aux investissements consentis dans son chantier naval de Lorient — 15 millions d’euros par an depuis 2020 — et à l’utilisation d’outils numériques et d’automatisation pour accroître la capacité de production. Par ailleurs, parallèlement à la construction de la coque selon une méthode modulaire, Naval Group assemble le mât intégré, appelé PSIM (Panoramic Sensors and Intelligence Module), qui fonctionne comme le « cerveau » du navire. Cela permet de tester divers systèmes (radars, capteurs et systèmes de gestion de combat) avant les premiers essais en mer, gagnant ainsi un temps précieux. La Direction générale de l’armement (DGA) a adopté une approche proactive en finançant des « coques blanches » — des structures de navires vides, en quelque sorte — avant même la finalisation des commandes effectives. C’est ainsi que la DGA a notifié à Naval Group les contrats portant sur les quatrième et cinquième unités FDI françaises, dont les livraisons sont prévues respectivement en décembre 2025 et mars 2026. Toutefois, la Marine nationale n’envisage pas de réceptionner ces bâtiments avant 2032 au plus tôt. Cette stratégie, expliquée par Emmanuel Chiva, alors délégué général pour l’armement, lors d’une audition parlementaire en octobre 2025, vise à « optimiser le calendrier de production, réduire les coûts et rendre l’équipement immédiatement disponible pour un client à l’export ». Malgré ces engagements précoces, Naval Group assure que la chaîne de production reste pleinement opérationnelle, avec des créneaux de livraison disponibles dès 2030. Un message clair adressé au Danemark, où le groupe français est en compétition avec l’entreprise britannique Babcock pour la fourniture de quatre frégates. Avec treize unités FDI commandées à ce jour — cinq par la France et quatre par la Grèce —, Naval Group démontre sa capacité à maintenir un rythme de production soutenu tout en répondant à la demande internationale.