Les vestiges alimentaires retrouvés sur les sites occupés par des espèces anciennes peuvent fournir des informations précieuses sur leur mode de vie. Pour les Néandertaliens, ces données sont particulièrement utiles, car elles aident les chercheurs à comprendre comment ces humains primitifs se sont adaptés pour vivre dans divers environnements sur des centaines de milliers d’années. Bien que les archives fossiles montrent que les Néandertaliens étaient capables de chasser de grands animaux comme les lions des cavernes, il existe beaucoup moins de preuves archéologiques sur la façon dont ils cuisinaient des proies plus petites, comme les oiseaux. Ce manque de preuves claires rend difficile la détermination de savoir si les Néandertaliens étaient responsables de certaines marques observées sur les os des sites anciens. Pour répondre à cette question, une équipe de trois chercheurs espagnols a décidé de mener une expérience visant à recréer les repas des Néandertaliens. Leur objectif était d’identifier plus précisément les os cuits par cette espèce disparue et de comprendre leurs méthodes de cuisson. L’étude, publiée le 24 octobre dans la revue Frontiers in Environmental Archaeology, a été réalisée par Mariana Nabais et ses collègues de l’Institut catalan de paléoécologie humaine et d’évolution sociale (IPHES) à Tarragone, en Espagne. Les chercheurs se sont concentrés sur deux sites du Paléolithique moyen au Portugal — Figueira Brava et Oliveira — datant de 90 000 ans. Sur ces sites, des archéologues avaient découvert des os d’oiseaux présentant des traces de découpe et de brûlures, mais il n’était pas clair si les Néandertaliens en étaient à l’origine. Pour approfondir l’enquête, l’équipe a utilisé des outils en silex, similaires à ceux employés par les Néandertaliens, pour préparer et cuire cinq oiseaux : deux corbeaux noirs, deux dindes et un pigeon ramier. Ils ont observé qu’il était plus facile de découper les oiseaux après cuisson, ce qui suggère que les Néandertaliens utilisaient peut-être des techniques similaires. Les chercheurs ont également noté que la cuisson au feu nécessitait un contrôle précis de la température et du temps pour éviter de brûler la viande. Leurs expériences ont mis en lumière la précision et l’effort nécessaires pour dépecer et cuire avec les outils néandertaliens, révélant ainsi la complexité de leur vie quotidienne et de leurs stratégies de survie. Cette étude ne démontre pas seulement les compétences manuelles des Néandertaliens, mais elle suggère aussi qu’ils possédaient une intelligence souvent sous-estimée. La capacité à capturer et préparer de petites proies rapides indique un niveau de planification et de stratégie. Cependant, les chercheurs ont également constaté que la cuisson fragilisait les os, ce qui pourrait expliquer la rareté de ce type de preuves dans les découvertes archéologiques. Malgré ces défis, l’étude apporte des éclairages précieux qui pourraient aider les futures fouilles à mieux interpréter les vestiges anciens. L’équipe reconnaît que ce n’est qu’un début et qu’il est nécessaire de poursuivre les recherches sur l’alimentation des Néandertaliens et l’utilisation des oiseaux à d’autres fins, comme les plumes ou les griffes. Bien que les chercheurs n’aient pas consommé les oiseaux cuits par crainte de maladies, ils ont admis que le pigeon était « plutôt tentant ».