Dans le cadre de la 37e édition des Semaines d’Information sur la Santé Mentale (SISM), qui se sont tenues du 5 au 18 octobre avec pour thème « Pour notre santé mentale, ouvrons-nous à l’art », le Centre Hospitalier de Mayotte (CHM) et l’Agence Régionale de Santé (ARS) de Mayotte ont réuni soignants, éducateurs, psychologues et acteurs culturels à la MJC de M’gombani. L’événement s’est articulé autour d’une conférence intitulée « L’art comme médiateur thérapeutique », mettant en lumière la manière dont des pratiques créatives comme la photographie, la poterie, le récit ou le chant peuvent soutenir l’expression émotionnelle des patients et compléter les soins traditionnels. Jean-Michel Beaumarchais, directeur du CHM, a souligné que l’art peut agir comme un « traducteur universel » lorsque les mots échouent à exprimer un traumatisme ou une souffrance. Il a plaidé pour que l’art ne soit pas perçu simplement comme une activité de loisir ou un simple complément à la vie quotidienne, mais comme un espace sécurisé permettant aux individus de projeter leurs émotions, de reconstruire leur estime de soi et de se reconnaître. Pour lui, l’art offre aux patients la possibilité d’explorer leur monde intérieur de manière sûre et constructive. De son côté, le Dr Virginie Briard-Girard, cheffe du service de psychiatrie infanto-juvénile, a profité des SISM pour sensibiliser le public à la santé mentale et promouvoir la connaissance des dispositifs disponibles dans la région. Elle a rappelé que la santé mentale ne se réduit pas à l’absence de maladie, mais constitue un état de bien-être permettant aux individus de s’épanouir dans les sphères personnelle, professionnelle et sociale. Le CHM a également annoncé des projets d’extension pour 2025 et 2026, incluant l’ouverture d’un centre médico-psychologique (CMP) pour adultes à Mtsamboro, ainsi que deux centres médico-psychologiques et d’éducation pour adolescents (CMPEA) à Bandraboua et Pamandzi. La conférence a aussi abordé l’évolution du rôle de l’art dans les soins psychiatriques. Autrefois considéré comme un moyen d’observer ou d’interpréter la maladie, l’art est désormais de plus en plus utilisé comme un vecteur d’expression personnelle et intégré aux pratiques thérapeutiques. Le Dr Briard-Girard a évoqué ce changement de perspective, passant de la question « Que nous apprend cette œuvre sur la maladie ? » à « Que permet cette création à la personne qui la réalise ? » Parmi les initiatives présentées figurait un programme de récit au CMPEA de M’tsapéré, adapté à la culture mahoraise locale. Avec l’accompagnement du conteur Madi Fardy, de l’association Nimbé Animation, des soignants ont travaillé avec des adolescents âgés de 13 à 18 ans, dont beaucoup ont connu des séparations familiales, des migrations ou des bouleversements culturels. S’appuyant sur les riches traditions orales du conte mahorais, le programme encourage ces jeunes à exprimer des émotions difficiles à travers la narration. Les séances débutent par l’écoute de récits traditionnels, suivies de la création d’histoires originales se terminant sur une note positive. En s’inspirant d’éléments de leur environnement – mosquées, djinns, symboles culturels –, les adolescents construisent collectivement des intrigues que le conteur restitue ensuite. Les récits reflètent souvent les expériences personnelles des adolescents, abordant des thèmes comme le déracinement, la perte ou l’identité culturelle. Les thérapeutes estiment que l’utilisation de la fiction permet à ces jeunes de mieux appréhender des émotions complexes, parfois difficiles à exprimer directement. Cette approche respecte également la diversité linguistique des participants, leur offrant la possibilité de s’exprimer dans la langue de leur choix, avec l’aide de médiateurs culturels pour faciliter les échanges entre les différents contextes linguistiques et culturels. À plus long terme, le CHM souhaite ancrer durablement ces pratiques artistiques dans ses services de santé mentale. Jean-Michel Beaumarchais a exprimé le vœu de dépasser le stade des projets expérimentaux pour les intégrer structurellement aux programmes de l’institution. L’objectif est de développer un système de santé mentale à Mayotte « diversifié, inclusif et profondément ancré dans sa culture ».