Le Golden Gate Bridge siffle depuis une mise à niveau en 2020, produisant un bourdonnement audible à Daly City. Les ingénieurs installent des clips insonorisants pour réduire le bruit.
Un pont qui siffle, une réalité
Un pont centenaire qui s'est mis à siffler sans raison apparente n'est pas une légende urbaine : c'est ce qui s'est produit au Golden Gate. Depuis juin 2020, des rafales de vent traversent ses nouveaux garde-corps et produisent une note continue, audible jusqu'à Daly City.Le détachement tourbillonnaire explique le son
Le phénomène s'explique par un détachement tourbillonnaire : l'air qui passe sur les fines lattes les fait vibrer comme des cordes de guitare. En 2020, le remplacement des garde-corps du passage piéton, destiné à résister à des vents de 100 miles par heure (contre 68 auparavant), a provoqué un sifflement audible jusqu'à Daly City.Un ancien garde-corps à la conception modifiée
Le Golden Gate Bridge n'a pas toujours eu cet aspect aérien. Pendant des décennies, son garde-corps piéton du côté ouest était doté de larges lattes qui bloquaient une partie du vent. Un choix logique à l'époque de sa construction, mais devenu un problème structurel au fil des années.De nouvelles lattes pour mieux résister au vent
Avec le changement climatique et la multiplication des tempêtes, les ingénieurs ont dû reconsidérer la résistance du pont aux coups de vent. L'ancien garde-corps supportait des rafales allant jusqu'à 68 miles par heure, soit environ 110 kilomètres par heure. Un seuil jugé insuffisant pour une structure exposée en permanence au Pacifique.Les riverains signalent le sifflement
Le 5 juin 2020, des riverains de la baie de San Francisco ont commencé à publier des vidéos sur les réseaux sociaux. Toutes montrent la même chose : un son grave et continu, semblable à un sifflement, qui semble provenir du pont lui-même. Ce jour-là, le National Weather Service a enregistré des rafales de 45 à 60 miles par heure dans les comtés de San Francisco et de Marin.Les ingénieurs avaient anticipé le son
Le phénomène n'a rien de mystérieux pour les équipes du pont. Paolo Cosulich-Schwartz, porte-parole du district, reconnaît rapidement que ces sifflements étaient une conséquence connue et inévitable du projet de rénovation contre le vent, prévu depuis des années. En bref, les nouvelles lattes plus fines, en laissant mieux circuler l'air, créent aussi des vibrations audibles que l'ancienne conception empêchait.Une solution à base de caoutchouc et d'aluminium
En décembre 2021, les administrateurs du district ont approuvé une solution technique estimée à 450 000 dollars. Le principe : installer sur chacune des 12 000 lattes verticales du garde-corps ouest des attaches en aluminium en forme de U, équipées d'un manchon en caoutchouc. Une opération minutieuse, latte par latte, pour une réduction du bruit prévue de 75 %.Les essais en soufflerie ont confirmé la conception
Le mécanisme physique repose sur un principe bien connu de l'aérodynamique. Lorsque l'air passe à grande vitesse sur une surface fine, il se détache de manière irrégulière, créant ce que les ingénieurs appellent un détachement tourbillonnaire. Ce phénomène fait vibrer la latte comme une corde de guitare, produisant le fameux sifflement.Une installation retardée par d'autres projets
Le calendrier initial prévoyait que l'installation soit achevée d'ici la fin de 2022. Il a finalement fallu attendre la fin de 2024 pour voir installer les premières attaches, un retard de deux ans accepté par le district. La raison tient à une autre priorité : l'achèvement du filet anti-suicide, un projet de 224 millions de dollars dont la finalisation a retardé toutes les opérations annexes.Une inspiration musicale inattendue
La fabrication des attaches a elle-même nécessité une commande auprès d'une usine du Colorado, faute de fabricant local adapté. Il faut aussi noter que ce sifflement n'a pas suscité que des plaintes. Le guitariste Nate Mercereau, installé à Los Angeles, a découvert des enregistrements du pont en 2021 et s'est rendu aux Marin Headlands pour enregistrer un album en duo avec la structure, en utilisant une guitare-synthétiseur qui jouait avec ses fréquences.Une réduction partielle du bruit attendue
Cependant, un silence total n'est pas garanti. Dans la plupart des cas, le dispositif devrait éliminer entièrement les sons causés par le vent. Mais dans les situations où ceux-ci restent perceptibles, les attaches permettent tout de même de les réduire de 75 % par rapport à un garde-corps sans protection.Un compromis d'ingénierie et son coût
Une réduction suffisante, en principe, pour que le bourdonnement ne soit plus audible jusqu'à Daly City. Ce dossier illustre bien les compromis permanents de l'ingénierie moderne. Rendre un pont plus sûr face au vent a créé un problème acoustique inédit, qu'il a fallu résoudre avec une précision presque artisanale, latte par latte.L'avenir du pont reste incertain
Entre le garde-corps de 12 millions de dollars et les attaches en caoutchouc de 450 000 dollars installées sur les 12 000 lattes, le Golden Gate a coûté cher pour retrouver sa tranquillité. Reste à voir, une fois l'installation achevée, si les vents du Pacifique ne trouveront pas un autre moyen de se faire entendre.