Le syndicat agricole FNSEA utilise des campagnes de sensibilisation au cancer du sein pour collecter des fonds, suscitant des débats sur le « pinkwashing » et les liens avec les pesticides.
La FNSEA promeut la sensibilisation au cancer du sein
La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), un groupe agricole qui soutient l'usage de produits chimiques et de pesticides, organise des événements visant à promouvoir le dépistage du cancer du sein. Ces événements, organisés lors de salons agricoles, comprennent des activités aux couleurs roses, comme des tombolas dont les lots sont offerts par Pioneer, un fabricant de pesticides, ainsi que la vente de porte-clés en forme de tracteur rose. Depuis 2018, la FNSEA a collecté environ 45 000 euros au profit de la Ligue contre le cancer.Des critiques dénoncent un « pinkwashing »
Certains critiques soutiennent que la participation de la FNSEA au Mois d'octobre rose est un exemple de « pinkwashing ». Ce terme désigne l'utilisation du symbole du ruban rose pour améliorer l'image d'une organisation, même si celle-ci peut être liée à des facteurs qui contribuent à la maladie. Le collectif Cancer Colère, qui sensibilise depuis 2025 au lien entre pesticides et cancer, a rebaptisé le mois d'octobre « Octobre Colère » afin de mettre en lumière cette question.La Ligue contre le cancer reste neutre
La Ligue contre le cancer, qui organise le Mois d'octobre rose en France, a reconnu que l'événement est devenu plus commercial que son objectif initial. Toutefois, l'organisation ne s'est pas opposée à la participation de la FNSEA. Elle n'a pas de partenariat national avec le syndicat, mais ses comités locaux peuvent choisir de s'associer à de tels événements.Un responsable local défend le rôle de la FNSEA
Rémi Bailhache, président local de la Ligue contre le cancer dans le département de la Manche, est également membre de la FNSEA. Il a précédemment dirigé la chambre d'agriculture sous l'influence du syndicat. Rémi Bailhache reconnaît un lien entre l'exposition aux pesticides et le cancer de la prostate, mais nie tout lien avec le cancer du sein, en évoquant le décès de son épouse des suites de la maladie en 2017. Il affirme que c'est lui, et non son épouse, qui a été exposé aux pesticides.Des médecins alertent sur les risques liés aux pesticides
Louis Adrien Delarue, médecin généraliste et membre de l'association Alerte Médecins Pesticides, affirme que deux tiers des pesticides provoquent des déséquilibres hormonaux susceptibles de contribuer au développement du cancer du sein. Rémi Bailhache, en revanche, rejette ces affirmations, suggérant que si tous les pesticides potentiellement nocifs étaient réellement dangereux, il ne resterait plus aucun agriculteur sur la planète.Des origines liées aux fabricants de pesticides
Le Mois d'octobre rose est né aux États-Unis en 1985, à l'initiative de l'entreprise chimique Imperial Chemical Industries (ICI), ancêtre de Syngenta, un grand groupe agrochimique. ICI produisait le DDT, un insecticide classé comme cancérogène probable par le CIRC, et soupçonné d'être une cause possible du cancer du sein. Une des filiales d'ICI produisait également le tamoxifène, le traitement contre le cancer du sein le plus vendu au monde.