Face aux protestations étudiantes, le gouvernement pousse à l’ouverture d’un dialogue pour résoudre la crise qui touche les établissements scolaires. Depuis mardi, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a enjoint les chefs d’établissement à instaurer une « démocratie interne » avec leurs élèves. Pourtant, ce processus s’annonce semé d’embûches, dans un contexte de fortes tensions dans de nombreux établissements. Avant même d’envisager le dialogue, certains directeurs doivent d’abord trancher : rouvrir ou non leur école ? Mercredi 7 octobre, 528 des 3 700 écoles du pays restaient totalement ou partiellement fermées. Ces fermetures ont débuté le 1er octobre pour garantir la sécurité des élèves et du personnel, souvent après des incidents de violence et de dégradations aux abords des établissements. Les chefs d’établissement doivent désormais évaluer si la situation s’est suffisamment apaisée pour permettre un retour en classe sécurisé. Dans certains cas, la réouverture est impossible en raison des dégâts causés lors des blocages. « Quand les systèmes de sécurité incendie ne fonctionnent plus ou que les grilles sont trop endommagées, les conditions de sécurité exigées par la loi ne sont plus réunies », explique Christelle Kauffmann, secrétaire générale adjointe du principal syndicat des chefs d’établissement, le SNPDEN-Unsa. Certaines régions ont déjà commencé à investir dans des solutions, mais le processus prend du temps. Selon le ministre, 30 000 lycéens ne peuvent actuellement pas suivre les cours en présentiel en raison des dégradations liées aux manifestations. Le coût estimé de ces dégâts s’élève à « plusieurs dizaines de millions d’euros ». Avant toute réouverture, les directeurs d’école doivent aussi s’assurer qu’aucune nouvelle manifestation violente n’est prévue. Pour les aider à prendre leur décision, ils peuvent s’appuyer sur les réseaux locaux, les parents, les enseignants, ainsi que sur la police et les services de renseignement, qui disposent parfois d’informations sur d’éventuelles mobilisations. « Mais il est difficile d’avoir une certitude absolue », insiste Christelle Kauffmann. Elle ajoute qu’il serait vain d’ouvrir les établissements pour les refermer dès le lendemain, si la situation n’est pas viable. Les chefs d’établissement prévoient également de communiquer en amont du retour des élèves. « Il faut rassurer les parents, qui demandent naturellement des explications », souligne-t-elle. « Pouvoir leur expliquer, surtout quand les blocages ont été très violents, que leur enfant sera en sécurité. » Du côté du Snalc, un syndicat enseignant, la prudence est également de mise. « La priorité, c’est la sécurité des élèves et des personnels », déclare Maxime Reppert, vice-président du Snalc. Au-delà de la sécurité, le représentant syndical souligne l’importance de maintenir la continuité pédagogique. « Il doit y avoir un lien permanent entre l’enseignant et les élèves de sa classe. Idéalement, cela passe par une école ouverte, mais si ce n’est pas possible, le distanciel peut être une solution temporaire », explique l’enseignant. Toutefois, dans le secondaire, l’organisation des cours à distance se heurte souvent à des difficultés de connexion, à un manque d’attention des élèves et à une interactivité réduite. « Certains professeurs assurent des cours en visioconférence, mais beaucoup préfèrent envoyer des PDF et des exercices », poursuit Maxime Reppert. Faut-il privilégier ces méthodes ou prendre le risque d’ouvrir et de subir un nouveau blocage ? « La réponse n’est pas évidente et se décide au cas par cas », conclut-il.