Douze maires, dont Benoît Payan à Marseille, ont adressé une lettre au gouvernement français pour demander un cadre juridique permanent permettant la création de haltes soins addictions (HSA), aussi appelées « salles de consommation à moindre risque ». Ces structures permettent aux adultes de consommer leurs propres drogues sous la supervision de professionnels formés. Les maires de Marseille, Paris, Lyon, Strasbourg, Lille, Nantes, Montpellier, Rennes, Villeurbanne, Grenoble, Tours et Nancy estiment que le statut expérimental actuel de ces dispositifs, réservés à l’Île-de-France et au Grand Est, devrait être étendu à d’autres villes. À ce jour, seules deux HSA existent en France : l’une à Paris, l’autre à Strasbourg, toutes deux fonctionnant dans le cadre d’une expérimentation qui doit s’achever fin 2027. Dans une lettre datée du 30 septembre et adressée au Premier ministre Sébastien Lecornu, les maires demandent la mise en place d’un cadre légal pour autoriser davantage de villes à ouvrir de telles structures. Ces salles visent à réduire la consommation de drogues en public et les nuisances associées en offrant un environnement contrôlé aux usagers. Les professionnels présents peuvent intervenir en cas d’urgence, prévenir les comportements à risque et proposer des soins ou un accompagnement social. Une évaluation menée par l’inspection générale des affaires sociales et de l’administration a révélé que ces dispositifs ont eu des effets positifs sur la santé et amélioré la tranquillité publique, sans augmentation notable de la criminalité à proximité des sites étudiés. À Marseille, le projet d’une HSA a rencontré des obstacles. Une ouverture initialement prévue en 2024 dans le centre-ville (boulevard Libération, 4e arrondissement) a été bloquée en raison d’une forte opposition des riverains. Le projet a de nouveau été stoppé par le préfet de région en septembre 2025. Cependant, une visite de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, à Marseille et Aix-en-Provence en avril 2026 a relancé le débat. La ministre s’est dite favorable à une structure expérimentale située à proximité d’un établissement de santé, à condition qu’un accord local soit trouvé. « Je suis favorable à ces HSA quand tous les élus locaux sont d’accord sur un lieu et que, de préférence, elles soient proches d’un établissement de santé », a-t-elle déclaré, citant les exemples de Paris et Strasbourg, où une baisse des overdoses et des seringues abandonnées dans l’espace public a été observée. Elle a toutefois précisé qu’aucune donnée n’existe sur l’impact de ces salles en matière d’ordre public. Le collectif marseillais TEMPO, qui regroupe des associations comme Médecins du Monde, AIDES, Asud Mars Say Yeah, Bus 31/32, Nouvelle Aube et Autres Regards, alerte sur une augmentation rapide de la consommation de crack dans la ville. Dans un communiqué publié le 1er octobre, le collectif estime que la situation à Marseille n’est plus tenable avec les moyens actuels, évoquant une hausse de la consommation de cocaïne, de la précarité, des troubles psychiatriques, de la polyconsommation, des problèmes de santé et de l’instabilité du logement. Les femmes et les jeunes sont particulièrement touchés. La fermeture cet été du centre Sleep In, un lieu de réduction des risques pour les usagers de drogues, en raison de conditions insalubres, a encore réduit les possibilités d’accompagnement. Le collectif TEMPO a défini 41 actions, dont des patrouilles sept jours sur sept, des espaces de repos, des solutions de logement et un meilleur accès aux soins, estimant les besoins à environ 20,5 millions d’euros pour la première année. Il appelle l’État et les collectivités locales à mobiliser des ressources pour faire face à l’aggravation de la crise dans la ville.