Redécouverte d'un opéra français oublié
Le long oubli de l'opéra français La Femme Nue, composé par Henry Février en 1929 et créé à l'Opéra de Monte-Carlo, a récemment pris fin lors d'une représentation en version de concert au Victoria Hall de Genève, le 14 octobre. Ce concert a été organisé par l'Association Ascanio, basée à Genève, qui vise à restaurer et enregistrer des œuvres musicales injustement tombées dans l'oubli. Un enregistrement de l'événement a été réalisé.Origines de l'opéra
L'opéra est tiré d'une pièce de théâtre d'Henry Bataille, qui a été adaptée à plusieurs reprises au cinéma et avait connu un grand succès en 1908. L'œuvre avait déjà été donnée à l'Opéra-Comique de Paris en 1932, sans pour autant obtenir une reconnaissance durable. Le chef d'orchestre Guillaume Tourniaire, qui a fait ses débuts au Grand Théâtre de Genève en 1998, a découvert la réduction pour chant et piano de l'opéra et a travaillé avec la petite-fille du compositeur, Isabelle Aboulker, pour reconstituer les parties orchestrales perdues. Le fils du compositeur est le pianiste Jacques Février, ami de Ravel et de Poulenc.Distribution et accompagnement musical
La représentation réunissait une distribution de chanteurs talentueux, dont Valentin Thill dans le rôle du peintre Rouchard, Jean-Sébastien Bou dans celui de son rival, et Antoinette Dennefeld dans celui de la rivale de Lolette. Le Chœur des Années Folles, composé d'élèves et de membres du Collège de Florimont à Genève, a apporté un soutien remarquable. L'Orchestre de chambre de Genève, dirigé par le violon solo Girolamo Bottiglieri et le violoncelliste Pascal Michel, a offert une interprétation vibrante.Thèmes et style musical
Le livret de l'opéra, qui semble d'abord daté, propose une critique acerbe d'une société bourgeoise où les femmes qui aspirent à l'émancipation subissent de lourdes conséquences. L'histoire suit le peintre Pierre Bernier, qui tombe amoureux de son modèle Lolette, une jeune femme issue d'un milieu modeste. La musique de l'opéra, décrite comme évoquant Albert Roussel, Puccini et Poulenc, a été saluée pour ses envolées lyriques et sa mélancolie tendre.Finale émouvant et réaction du public
Les derniers actes de l'opéra ont été particulièrement poignants, Christophe Mortagne incarnant le Prince de Chabran avec une grande intensité. La soprano Tamara Bounazou, connue pour son rôle d'Iphigénie dans un opéra de Gluck, a livré une interprétation puissante de Lolette, qui trouve finalement le véritable amour auprès de Rouchard après une tentative de suicide. Le public a réservé un accueil enthousiaste, et Guillaume Tourniaire a proposé une version alternative de la scène finale de l'opéra.