Au cœur d’Istanbul, entre l’horizon percé de gratte-ciel et le brouhaha d’une métropole en effervescence, des milliers de personnes vivent dans des *pansyon*s — ces hôtels bon marché ou dortoirs qui se sont multipliés à mesure que les loyers explosaient et que la précarité économique s’aggravait. Ces établissements sont souvent le seul recours abordable pour ceux qui se trouvent au bas de l’échelle sociale : un retraité aux revenus modestes, un jeune serveur luttant pour joindre les deux bouts, un étudiant en quête d’un avenir meilleur, ou un migrant fuyant l’extrême pauvreté. Tous se retrouvent dans ces lieux où le coût de la vie pèse chaque jour un peu plus lourd. La crise économique en Turquie a entraîné une flambée des prix de l’immobilier, rendant l’accès à un logement privé quasi impossible pour beaucoup. Résultat : les *pansyon*s ont essaimé dans tout le pays, surtout dans les zones urbaines. Dans le quartier de Çağlayan, situé sur la rive européenne d’Istanbul, ces hébergements à bas prix sont particulièrement répandus. C’est là que de nombreux retraités — souvent isolés et sans famille à proximité — choisissent de s’installer, faute de mieux. Selon le ministère turc de la Santé, le pays compte environ 39 000 places en maisons de retraite, un chiffre bien inférieur aux plus de 590 000 disponibles en France. Dans l’une de ces *pansyon*s, le prix d’une chambre varie considérablement selon sa taille, qu’elle soit partagée ou individuelle, et selon qu’elle dispose ou non d’une télévision ou d’une fenêtre. Une chambre dans cet établissement peut coûter jusqu’à 11 000 livres turques par mois, soit une part significative d’une pension moyenne. Pour beaucoup, c’est un sacrifice nécessaire, même si cela implique de vivre dans des conditions exiguës et avec peu d’intimité. La hausse vertigineuse des loyers a contraint nombre d’entre eux à des choix douloureux, les laissant avec à peine de quoi subvenir aux besoins essentiels. Cette situation illustre les défis économiques plus larges auxquels la Turquie est confrontée, où l’inflation et la dépréciation de la monnaie rendent le quotidien toujours plus difficile. Pour ceux qui vivent dans des *pansyon*s, l’espoir est de tenir jusqu’à ce que les temps s’améliorent. Comme l’a résumé un résident : « Que Dieu ne laisse tomber personne. » Ces mots résument l’incertitude et la peur qui habitent tant de personnes, alors qu’elles tentent de se frayer un chemin dans un paysage économique en pleine mutation, souvent impitoyable.