À l'approche de la COP31 en Turquie, l'efficacité des négociations climatiques de l'ONU est scrutée, sur fond de hausse des températures et de lobbying des énergies fossiles.
COP31 à Antalya sous le feu des critiques
Alors que la conférence sur le climat COP31 approche à Antalya, en Turquie, dans un contexte de détérioration des conditions climatiques, les doutes se multiplient quant à l'efficacité des sommets climatiques des Nations unies. Ces rencontres annuelles, organisées depuis 1995, réunissent près de 200 pays dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) pour lutter contre le réchauffement de la planète.Les limites des accords climatiques
Malgré des accords historiques comme le Protocole de Kyoto (1997) et l'Accord de Paris (2015), ces textes ne disposent pas de mécanismes contraignants. Un rapport de l'ONU publié en novembre 2025 avertit que les politiques actuelles pourraient entraîner une hausse de la température mondiale de +2,8 °C d'ici 2100, bien au-delà de l'objectif de 1,5 °C fixé à Paris.Le débat sur la sortie des énergies fossiles
Lors de la COP28 à Dubaï, la question de la sortie des énergies fossiles a enfin été abordée, mais les progrès restent lents. Les chercheurs Amy Dahan et Stefan Aykut estiment que les COP ne s'attaquent pas aux facteurs économiques et géopolitiques profonds qui favorisent le changement climatique, ce qui creuse un écart entre les objectifs climatiques et les actions concrètes.Les COP, plateformes de débat
Malgré les critiques, certains considèrent les COP comme des espaces essentiels à la discussion sur le climat. Par exemple, la participation des petits États insulaires et des pays du Sud aux négociations a donné plus de poids à leurs voix. Toutefois, la présence des entreprises de combustibles fossiles et de leurs lobbyistes à ces événements suscite des inquiétudes quant à leur influence sur les résultats.Diplomatie fossile et intérêts économiques
Le soutien de la France au pétrolier Total, malgré ses engagements climatiques, illustre les tensions entre intérêts économiques et objectifs climatiques. Des contradictions similaires existent dans d'autres pays, où les industries des énergies fossiles bénéficient d'un soutien politique, ce qui complique la transition vers les énergies renouvelables.L'influence historique des énergies fossiles
Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) a longtemps été influencé par les intérêts liés aux énergies fossiles, avec des liens historiques avec l'industrie pétrolière sous des dirigeants comme Richard Nixon. Des rapports récents révèlent que cette influence a façonné l'élaboration des accords climatiques, y compris la CCNUCC et les COP qui ont suivi.Un frein aux progrès climatiques
Transparency International souligne que des puissances comme les États-Unis, la Russie et l'Arabie saoudite font souvent obstacle aux discussions sur le climat. Leurs tactiques consistent notamment à défendre le processus décisionnel fondé sur le consensus et à financer des groupes de travail qui retardent les avancées. Plus de 1 600 lobbyistes des énergies fossiles étaient accrédités à la COP30, soit davantage que le nombre de délégués des dix pays les plus vulnérables réunis.Initiatives climatiques alternatives
En réponse aux critiques adressées aux COP, un sommet indépendant sur la sortie des énergies fossiles s'est tenu en Colombie en 2026, coorganisé par la Colombie et les Pays-Bas. Cet événement a réuni 50 pays ainsi que la société civile, mais de grandes puissances comme la Chine et les États-Unis n'y ont pas participé.Un mouvement international en expansion
Une coalition internationale en faveur de la sortie des énergies fossiles compte désormais 18 pays, des petits États insulaires aux pays producteurs de pétrole. Une grande réunion, qui suivra la COP31 en 2027, sera coorganisée par Tuvalu et l'Irlande, avec la participation attendue de la France.Les défis de la gouvernance climatique
Les pressions politiques et économiques continuent d'entraver les progrès. L'Irlande, par exemple, est confrontée à la puissance de son secteur agricole, qui contribue fortement à ses émissions de gaz à effet de serre. Le Haut Conseil pour le climat (HCC) appelle à une nouvelle coopération internationale, en insistant sur une diplomatie fondée sur la science et sur des stratégies de transition juste.Pistes alternatives pour réformer les COP
Des critiques estiment que la gouvernance climatique internationale n'a pas réussi à s'attaquer aux causes profondes du changement climatique. D'autres approches sont à l'étude, comme la mobilisation locale et la refonte du processus décisionnel des COP. Le Réseau d'action climatique plaide pour la fin de la règle du consensus et pour l'interdiction des lobbyistes dans les activités officielles des COP.Réformes proposées pour les COP
Stefan Aykut propose des réformes visant à rendre les COP plus efficaces, notamment la création de « clubs industriels » pour les matériaux décarbonés et des partenariats avec les pays producteurs de minerais critiques. Il estime que les COP devraient privilégier des traités sectoriels pour traiter les conditions matérielles de la décarbonation.L'avenir de l'ère des énergies fossiles
Alors que l'ère des énergies fossiles touche à sa fin, la transition pourrait ne pas apporter la paix, mais redessiner les rapports de force mondiaux. Le passage aux énergies renouvelables devrait se mêler à des conflits en cours, donnant naissance à un nouveau paysage géopolitique façonné par l'action climatique et la concurrence pour les ressources.