Le contrôle parental ne suffit pas à protéger les enfants des dangers en ligne. Des experts alertent sur le grooming et les menaces liées à l'IA dans des jeux comme Roblox.
Le contrôle parental ne suffit pas toujours à prévenir les dangers en ligne
Les outils de contrôle parental qui limitent le temps d'écran ne protègent pas nécessairement les enfants contre les rencontres dangereuses en ligne, selon des spécialistes. Véronique Béchu, spécialiste de la protection des mineurs en ligne et directrice de l'Observatoire de la violence numérique envers les mineurs, met en garde : limiter le temps d'écran sans contrôler les fonctionnalités des plateformes, comme les messageries, la géolocalisation et les demandes d'amitié, ne protège pas efficacement les enfants contre les prédateurs.Les enfants commencent à utiliser les plateformes numériques très jeunes
Samuel Comblez, psychologue de l'enfant et de l'adolescent, souligne que les enfants commencent à utiliser les plateformes numériques vers l'âge de 5 ans et 10 mois, souvent sans supervision parentale dès 6 ans et 10 mois. Cette exposition précoce augmente le risque de rencontrer des prédateurs en ligne, surtout si les enfants ne sont pas correctement accompagnés.Les prédateurs utilisent des techniques de manipulation dans les jeux en ligne
Les interactions des enfants en ligne, en particulier dans des jeux comme Roblox, peuvent conduire à du grooming (manipulation à des fins sexuelles) de la part de prédateurs qui utilisent de fausses identités et gagnent peu à peu la confiance des mineurs. Le grooming consiste à établir une relation d'emprise, souvent dans le but d'une exploitation sexuelle. Les prédateurs ciblent fréquemment des enfants isolés, victimes de harcèlement ou souffrant de dépression, et exploitent leurs vulnérabilités.Des cas concrets de prédation en ligne
Dans l'un des cas, Brune, une fillette de 11 ans, a rencontré un prédateur dans le jeu Brookhaven sur Roblox, où l'avatar de ce dernier a forcé son personnage à entrer dans une maison virtuelle et a fait des avances inappropriées. Elle a ensuite reçu une demande d'ami, à laquelle elle n'a pas répondu. L'incident a été signalé au 3018, le numéro national contre les violences numériques faites aux enfants.La sextorsion, un problème en hausse
Dans un autre cas, Mathilde a noué une relation en ligne avec un prédateur qui a débuté de manière en apparence anodine. Se faisant passer pour un garçon, ce dernier a progressivement gagné sa confiance et lui a finalement demandé des photos intimes. Lorsque Mathilde a envoyé une photo, le prédateur l'a menacée de la publier si elle ne lui en envoyait pas d'autres. Ce phénomène, appelé sextorsion, est en forte progression en France : 29 000 cas ont été signalés en 2024, soit cinq fois plus que pendant les trois années précédentes.L'intelligence artificielle utilisée pour le chantage
L'intelligence artificielle (IA) sert aussi de nouvelle arme de chantage : des prédateurs créent de fausses images de nudité à partir de la photo publique d'un enfant et menacent de les diffuser si l'enfant n'envoie pas d'autres images intimes. Au premier semestre 2026, le 3018 a reçu 138 signalements visant Discord, soit plus de trois fois le total de 2025.Les experts recommandent un contrôle parental complet
Les experts conseillent aux parents de paramétrer les contacts, et pas seulement des limites de temps, dans les outils de contrôle parental. Ils recommandent des profils privés, l'interdiction de discuter avec des inconnus, la désactivation de la géolocalisation et le blocage des achats. Jouer avec ses enfants sur les plateformes numériques est aussi conseillé, afin de comprendre l'environnement dans lequel ils évoluent.Créer un environnement numérique sûr
Pour les plus jeunes enfants, les jeux hors ligne sont préférables, et jouer avec des amis connus vaut mieux que des coéquipiers inconnus. Les parents doivent écouter leurs enfants, et pas seulement les observer, et privilégier le salon à la chambre pour les activités en ligne. Parler de la vie numérique aussi régulièrement que de la vie scolaire est important, et installer l'application 3018 sur le téléphone d'un enfant peut offrir un moyen sûr de signaler un incident.Sensibiliser à la sécurité en ligne selon l'âge
Les experts insistent sur l'importance d'aborder la sécurité en ligne avec les enfants selon leur âge. Pour les moins de 7 ans, des règles simples suffisent, comme ne pas montrer son corps ou ne pas garder de secrets. De 7 à 11 ans, les enfants doivent apprendre à reconnaître le malaise et les mensonges possibles. À partir de 12 ans, les échanges doivent aborder la manipulation, le chantage et l'utilisation de l'IA pour créer de fausses images.Les démarches à suivre en cas d'incident
En cas d'incident, les parents doivent rester calmes, dépersonnaliser l'enfant et ne pas communiquer avec l'agresseur. Ils doivent conserver les preuves, bloquer l'agresseur, signaler l'incident à la plateforme et contacter le 3018. Le dépôt d'une plainte auprès de la police est également nécessaire. Consulter un psychologue peut être utile si l'enfant reste en détresse ou si les parents sont submergés par l'anxiété.