Les divisions ethniques de la Bosnie persistent sous l'accord de Dayton, les politiques nationalistes et l'influence étrangère alimentant la stagnation et les tensions régionales.
Structure politique de la Bosnie-Herzégovine
La Bosnie-Herzégovine est divisée en deux entités principales : une entité serbe et une entité croato-bosniaque. Elle dispose d'une présidence à trois membres, avec un siège chacun pour les représentants bosniaque, croate et serbe. Ce dispositif a été conçu pour qu'aucun groupe ethnique ne détienne un pouvoir trop important.Des élections qui reflètent les divisions ethniques
Lors des élections générales du 4 octobre, des partis nationalistes issus de chaque groupe ethnique ont accédé au pouvoir, ce qui montre que les divisions ethniques restent profondes. Les résultats électoraux ont renforcé la structure politique existante, chaque groupe conservant le contrôle de sa propre entité.La dynamique politique côté serbe
Milorad Dodik, figure éminente du nationalisme serbe et allié de la Russie, a été empêché de se présenter à une élection par la justice bosnienne. Malgré cela, son parti, le SNSD, continue de gouverner la Republika Srpska et conserve le siège serbe à la présidence.Les résultats côté croate et bosniaque
Du côté croate, Darijana Filipović, du HDZ-BiH, a été élue à la présidence et soutient la création d'une troisième entité, ce qui approfondirait les divisions ethniques. Du côté bosniaque, le SDA est redevenu le premier parti, mais n'a pas repris la présidence au social-démocrate Denis Bećirović. Le parti libéral Naša stranka a subi une lourde défaite à Sarajevo.L'influence russe en Bosnie
Florent Marciacq, spécialiste de science politique des Balkans, affirme que l'instabilité actuelle de la Bosnie profite à la Russie. La division du pays empêche celui-ci d'adhérer à l'Union européenne ou à l'OTAN, et Moscou gagne en influence sans avoir besoin d'agir directement. Des dirigeants locaux sollicitent le soutien russe pour mobiliser leurs populations contre les puissances occidentales.L'implication américaine dans les projets énergétiques
Les États-Unis ont soutenu un projet de gazoduc reliant la Bosnie au terminal GNL de Krk, en Croatie, géré par l'entreprise américaine AAFS. Ce projet avait d'abord été combattu par Milorad Dodik, qui disposait d'un droit de veto. Washington a levé les sanctions visant Dodik en octobre 2025, ce qui l'a poussé à retirer son veto. Marciacq qualifie cette démarche de clientélisme, une tactique déjà observée dans d'autres pays, comme l'Albanie.Pressions de l'UE et tensions internationales
L'Union européenne, principal partenaire économique de la Bosnie, a averti que cet accord gazier pourrait lui coûter près de 1 milliard d'euros d'aide. Malgré cet avertissement, l'accord a été signé en avril 2025. Le haut représentant international Christian Schmidt a démissionné en mai 2025, en critiquant les pressions exercées par les États-Unis. Des différends subsistent au sujet de son remplacement, tandis que Bruxelles propose des investissements dans les infrastructures sans parvenir à résoudre les profondes divisions du pays.Défis juridiques et démographiques
En 2009, la Cour européenne des droits de l'homme a jugé discriminatoire une constitution interdisant aux Juifs ou aux Roms de se présenter à la présidence. Toutefois, la répartition ethnique des postes politiques demeure inchangée. Les jeunes quittent le pays, tandis que les élites nationalistes profitent du système actuel, qui leur permet de conserver le pouvoir et la richesse sans rendre de comptes.