Les jeunes électeurs se détournent des élections

Les jeunes Bosniaques ont largement boycotté les élections générales organisées début octobre, et aucun des jeunes interrogés par Orient XXI n'a participé au scrutin. Les élections, qui comprenaient à la fois des scrutins présidentiel et législatif, se sont déroulées du 4 au 18 octobre.

La désillusion envers la politique

Bien qu'ils représentent un tiers de la population, les moins de 35 ans ont montré peu d'intérêt pour le processus politique, nombre d'entre eux exprimant leur désillusion envers la classe politique. Ajan, un étudiant de 20 ans, a fait remarquer qu'il est difficile de trouver quelqu'un qui s'intéresse à la politique à Sarajevo, car beaucoup pensent que les politiciens n'apporteront pas le changement.

Le nationalisme ethnique domine

Le paysage électoral a été marqué par la présence de partis nationalistes ethniques, dont les discours populistes ne séduisent pas les électeurs plus jeunes. Ces partis ont toutefois gagné en influence au sein des institutions de l'État. Le parti bosnien centriste et libéral Narod i pravda (Peuple et justice, NiP) a perdu six sièges dans les cantons et un siège à la chambre basse du parlement national, bien qu'il ait conservé sept élus au parlement de la Fédération de Bosnie-Herzégovine.

L'héritage des accords de Dayton

La structure politique du pays, façonnée par les accords de Dayton de 1995, continue d'être influencée par les divisions ethniques. La présidence est exercée par un collège de trois chefs d'État, issus de chacun des trois principaux groupes ethniques : bosniaque, croate et serbe. Les élections ont vu l'entrée d'une représentante nationaliste croate, Darijana Filipović, qui défend la création d'une « troisième entité », susceptible de diviser la Fédération de Bosnie-Herzégovine.

Progression des partis nationalistes

Les trois principaux partis nationalistes ethniques — le Parti de l'action démocratique (SDA, bosniaque), l'Union démocratique croate de Bosnie-Herzégovine (HDZ BiH) et l'Alliance des sociaux-démocrates indépendants (SNSD, serbe) — ont progressé lors de ces élections, bien que leur légitimité auprès du public reste faible. Le taux de participation global s'est établi à 42 %, le plus bas de l'histoire du pays. De nombreux électeurs ont exprimé leur méfiance, certains déclarant avoir voté pour empêcher que leurs voix ne soient volées.

L'influence de Milorad Dodik

Milorad Dodik, chef du SNSD en République serbe de Bosnie, a été au centre de l'attention des médias internationaux. Bien que frappé d'une interdiction d'éligibilité jusqu'en 2031, Dodik a renforcé son influence et obtenu le soutien de l'administration Trump. Il a annoncé son intention de rédiger une nouvelle constitution pour la République serbe de Bosnie en janvier, ce qui suscite des inquiétudes quant à d'éventuelles initiatives séparatistes.

Un soutien faible aux partis nationalistes

La faible participation électorale et la progression des partis nationalistes ne se traduisent pas nécessairement par un soutien accru du public à ces formations. Selon Adi Selman, fondateur de Karton revolucija, les trois partis nationalistes ont en fait perdu des voix par rapport aux élections précédentes. Les résultats électoraux pourraient refléter un changement de dynamique politique plutôt qu'une véritable hausse du soutien.

Les pressions exercées sur les électeurs

Le processus électoral a également été marqué par des signalements de pressions sur les électeurs, certains ayant été menacés de licenciement ou se voyant offrir de l'argent pour voter en faveur de candidats précis. Les jeunes électeurs, comme Anastasija, une Serbe de 23 ans, se montrent sceptiques à l'égard du programme nationaliste, soulignant que beaucoup ont voté par nécessité plutôt que par véritable adhésion.

L'héritage de la guerre et la liberté de la presse

Le paysage politique est encore compliqué par l'héritage de la guerre, les différentes communautés ayant des interprétations divergentes des événements historiques. La montée de la rhétorique nationaliste s'accompagne de préoccupations quant à la liberté de la presse : la Bosnie-Herzégovine a perdu plus de 30 places au classement mondial de Reporters sans frontières en cinq ans.

La société civile et les défis de la jeunesse

Des groupes de la société civile, comme Karton revolucija, sont devenus des acteurs clés de la résistance aux programmes nationalistes. Ils ont obtenu des résultats politiques, comme l'interdiction d'un projet minier dans le canton de Tuzla. Toutefois, le désengagement des jeunes et les forts taux d'émigration — 33 % de la population vit à l'étranger et 66 % des 14-29 ans envisagent de partir — soulèvent des questions sur l'avenir du pays.