Des étudiants en 2026 utilisent le carton comme symbole de résistance, en écho aux mouvements passés comme les Gilets jaunes et les manifestations de 1968.
Le mouvement étudiant de 2026 témoigne d'une intersectionnalité
Le mouvement étudiant de l'automne 2026 se distingue par son ampleur, avec des blocages dans toutes les régions, et par son intersectionnalité, qui réunit des étudiants issus aussi bien des banlieues que des villes. Les observateurs ont souligné l'inventivité des chants, des slogans et des tenues utilisés par les participants.Le carton, symbole de la fragilité de la jeunesse
Le mouvement a également attiré l'attention sur l'usage du carton comme support de ses revendications, un choix qui reflète la condition précaire et fragile de la jeunesse concernée. Cette génération, née entre 2009 et 2011, qui a intégré le collège pendant la pandémie et a été confinée dès son arrivée, a fait preuve d'une capacité inattendue à s'emparer de la politique, de l'humour et de la solidarité.Des parallèles avec le mouvement des Gilets jaunes
Bien qu'on la décrive comme illettrée, cette jeunesse entretient un rapport significatif à l'écrit. L'usage du carton comme support de revendications rappelle le mouvement des Gilets jaunes de 2018-2019, qui utilisait les gilets de sécurité comme bannières. Ces gilets étaient personnalisés aux points de blocage et se transformaient en banderoles individuelles, exprimant une diversité de récits, des portraits personnels aux revendications politiques en passant par la critique des violences policières.Le contexte historique de la résistance symbolique
Le mouvement des Gilets jaunes avait fait du gilet de sécurité un élément de son identité, une forme de résistance aux normes néolibérales et à l'uniformisation mondiale. Beaucoup gardent encore leur gilet chez eux ou dans leur voiture, et ce geste a été abondamment photographié. Cette pratique peut être comparée à des exemples historiques, comme celui des militants japonais de 1968 qui se servaient de casques de chantier comme symboles de résistance, ou celui des éleveurs de l'Aveyron dans les années 1970 qui marquaient leurs brebis de slogans.Le carton, matériau de l'époque
Les étudiants de 2026 n'utilisent ni banderoles traditionnelles ni t-shirts imprimés, mais récupèrent leurs supports à partir de l'objet le plus courant de la vie quotidienne : le carton. Cette démarche rejoint l'intuition de l'historien Alain Corbin, qui associait chaque époque à un matériau, et suggère que l'année 2025 marque le moment du carton. L'artiste suisse Thomas Hirschhorn l'avait pressenti en utilisant le carton et le ruban adhésif marron dans ses interventions publiques.Des slogans qui reflètent le travail mondialisé et les inégalités
Le mouvement étudiant de 2026 réinvestit le rébus du quotidien dans un monde globalisé, en réfléchissant aux commandes sur internet qui génèrent des milliers de colis livrés par des travailleurs payés au minimum. Les pancartes tenues par les étudiants, rédigées au feutre de couleur, dépassent le simple slogan et expriment une opposition au néolibéralisme et aux modes de vie qu'il engendre. Les slogans sont à la fois humoristiques, graves et chargés de colère, et dénoncent les inégalités sociales du système scolaire français ainsi que la répression subie par le mouvement.