Dans une ferme isolée des Pyrénées, cinq frères et sœurs se réunissent autour d’un père à l’agonie. Ce qui commence comme un simple rassemblement familial bascule rapidement dans la tension, alors que d’anciens griefs, des blessures refoulées et une violence enfouie refont surface. Avec Je ne suis pas venu apporter la paix, Nicolas Martin transforme une rencontre familiale en une tragédie horrifique. Publié aux éditions Au diable vauvert, le roman explore les courants sombres de la vie familiale, où la lignée devient une source de douleur et de conflits plutôt que d’unité. Raphaël, libraire à la Librairie Forum de Saint-Étienne, décrit l’ouvrage comme une plongée viscérale dans les dynamiques familiales. L’histoire s’articule autour de Judith, le patriarche, et de ses enfants, chacun occupant un rôle précis au sein de la structure familiale. Marie et Pierre, les jumeaux, partagent une complicité évidente, tandis que les autres frères et sœurs, d’abord plus ambivalents, révèlent peu à peu leurs blessures cachées au fil du récit. Judith et le père incarnent la froideur et la rigidité, tandis que Maud introduit une sensation de malaise, rendant le livre particulièrement dérangeant pour Raphaël. L’horreur du roman ne provient pas d’éléments surnaturels, mais des luttes de pouvoir, des humiliations et des tensions non exprimées qui traversent la famille. Raphaël souligne que cette forme d’horreur est d’autant plus immédiate et réelle qu’elle reflète les réalités des relations humaines. Le titre, Je ne suis pas venu apporter la paix (qui se traduit par « Je ne suis pas venu apporter la paix »), sert d’ancrage thématique, mettant en lumière l’ironie selon laquelle la famille, censée être une source d’amour et de soutien, devient un lieu de destruction. Le livre critique le patriarcat, la domination et la transmission de la violence à travers les générations, Raphaël résumant son essence ainsi : « la lignée devient presque une malédiction familiale ». Le récit est structuré en cinq actes, chacun s’achevant par un chapitre à la manière d’une tragédie théâtrale, avec des didascalies et des titres d’origine grecque. Raphaël établit un parallèle avec la tragédie antique de Médée, suggérant que le destin de la famille est prédéterminé et inévitable. L’horreur graphique et visuelle du roman est intense, au point de déstabiliser même les lecteurs aguerris du genre. Raphaël met en garde : Nicolas Martin ne retient rien, le qualifiant d’auteur ayant « mis les tripes dans son livre ». Le roman est comparé à des auteurs comme Stephen King, Clive Barker ou H.P. Lovecraft, mais il revient toujours à une question centrale : qu’est-ce qu’une famille transmet à ses enfants, même lorsque ceux-ci croient avoir échappé à son emprise ?