Les cinq intercommunalités de Mayotte s'unissent pour coordonner leurs projets, mutualiser les ressources et chercher 10 milliards d'euros de financements pour des infrastructures vitales et l'environnement.
Interco 976 créée après une catastrophe
Les représentants des cinq intercommunalités de Mayotte se sont réunis jeudi 22 octobre, au siège de la Communauté de communes de Petite-Terre (CCPT), à Pamandzi, pour présenter les grandes lignes de leur travail commun, dans l'objectif de mieux coordonner les projets, mutualiser les moyens et trouver les financements nécessaires à leur réalisation. L'association, connue sous le nom d'Interco 976, a été constituée en réponse au cyclone Chido et réunit les cinq intercommunalités de Mayotte. Selon son président, Charaffoudine Ramadani Toto, élu le 7 octobre, il s'agit d'une première dans la République, aucun autre département français ne disposant d'une association d'intercommunalités.Priorités communes pour Mayotte
Les cinq intercommunalités travaillent souvent sur des sujets similaires, sans avoir toujours coordonné leurs actions. Les transports, la mobilité, les déchets et l'environnement sont des domaines où les besoins et les difficultés sont comparables d'un territoire à l'autre. Les transports font partie des priorités, afin de permettre aux habitants de se déplacer sans avoir à composer avec des réseaux totalement indépendants. L'idée est également de permettre aux territoires de profiter de l'expérience des autres, sans avoir à financer individuellement les mêmes études. L'environnement est un autre enjeu majeur, les déchets et la pollution touchant l'ensemble de l'île.Difficultés de financement et d'accompagnement
Toutefois, les communes et même le Département rencontrent aujourd'hui des difficultés pour obtenir certaines aides de l'État destinées aux emplois d'insertion, alors que les besoins restent importants. Le président souhaite notamment s'appuyer sur l'association Naïma pour développer des actions associant insertion professionnelle et protection de l'environnement. Le montant total présenté atteint 10 milliards d'euros pour plus de 430 projets, répartis entre la CADEMA, la CAGNM, la 3CO, la CCPT et la CCSUD. Le défi consiste à travailler ensemble pour que les projets puissent trouver les financements nécessaires.Répartition des financements par priorité
Les besoins les plus importants concernent les fonctions vitales, qui représentent 44 % des investissements annoncés, soit 4,4 milliards d'euros. Cette enveloppe couvre, entre autres, le logement, l'eau, la santé et l'électricité. 1,9 milliard d'euros sont consacrés au numérique, à la mobilité et aux transitions. Le renforcement des capacités locales et la formation représentent 1,2 milliard d'euros. La reconstruction des routes, des voiries et des réseaux d'assainissement atteint 930 millions d'euros, soit 9 %. Le développement géostratégique représente 910 millions d'euros, tandis que la prévention des risques naturels mobilise 670 millions d'euros, soit 7 %.Répartir les fonds en fonction de la taille des projets
Ces montants correspondent à une programmation de projets et non à des sommes déjà dépensées. Le travail commun doit donc permettre de rechercher des financements tout en tenant compte des besoins spécifiques de chaque intercommunalité. Ces 10 milliards d'euros ne sont pas répartis en les divisant par cinq. Ils sont répartis selon le volume et l'importance des projets portés par chaque territoire. La CADEMA concentre la plus grande enveloppe, avec 2,9 milliards d'euros, soit 29 % du total. Elle prévoit notamment 500 millions d'euros pour l'élargissement de la route nationale et une voie d'urgence, 150 millions d'euros pour la poursuite du Caribus et la construction de 4 000 logements sociaux.Projets spécifiques et défis à venir
La CAGNM dispose de 2,2 milliards d'euros, destinés au contournement du Nord vers Mamoudzou, estimé à 400 millions d'euros, à la poursuite de la route d'urgence pour 220 millions d'euros et à la création de 3 850 logements. Le centre de l'île prévoit, quant à lui, 2 milliards d'euros d'investissements. Parmi les principaux projets figurent le contournement de Combani, à 430 millions d'euros, une station d'épuration à 100 millions d'euros et 3 850 logements. À Petite-Terre, l'enveloppe atteint 1,5 milliard d'euros, soit 15 %. Le seul projet de digue littorale représente 400 millions d'euros, auxquels s'ajoutent notamment 2 300 logements. Enfin, la CCSUD dispose de 1,4 milliard d'euros orientés vers la sécurisation des zones habitées, dont 250 millions d'euros destinés à la relocalisation des habitations situées dans des zones à haut risque, ainsi que la gestion de l'eau et la construction de 2 000 logements.Prochaines étapes et calendrier
Mais présenter des projets ne suffit pas : il s'agit désormais de déterminer lesquels peuvent avancer rapidement, comment les financer et avec quels moyens les réaliser. Le plan d'action 2026 s'organise donc autour de cinq axes : passer du modèle à la programmation opérationnelle ; développer une ingénierie mutualisée ; construire une stratégie financière multi-fonds ; consolider le SAR et déclencher des synergies entre EPCI ; et enfin, sécuriser la gouvernance et gérer les risques. Parmi ces axes figurent des actions concrètes : la hiérarchisation des 430 projets identifiés ; la recherche de financements auprès de l'Union européenne, des banques de développement et du secteur privé ; l'anticipation des besoins fonciers à l'horizon 2050 ; ainsi que la prise en compte des difficultés liées à la reconstruction, comme le manque de main-d'œuvre qualifiée et le financement de l'entretien des infrastructures.