L'héritage de Jacques Bainville refait surface 90 ans après sa mort, suscitant un débat sur ses opinions antisémites et son influence politique.
Un héritage qui refait surface après 90 ans
Quatre-vingt-dix ans après sa mort, l'héritage de Jacques Bainville, écrivain et historien de premier plan lié au mouvement royaliste de l'Action française, refait surface dans le débat public. Un colloque consacré à Bainville s'est tenu le 9 octobre à l'Académie des sciences morales et politiques (ASMP), organisé par l'historien Georges-Henri Soutou, professeur émérite à la Sorbonne et auteur d'un ouvrage sur la géopolitique de l'Action française. Bainville était membre de l'Académie française et proche du mouvement royaliste de Charles Maurras.Polémique autour de l'hommage
Cet événement a suscité la controverse : Antoine Triller, neurobiologiste et secrétaire perpétuel de la deuxième section de l'Académie des sciences, a publiquement critiqué cet hommage. Il a déclaré que l'Académie des sciences dénonçait les honneurs rendus à une figure de l'extrême droite, qualifiée d'antisémite et de xénophobe.Références politiques et débat
Le 27 octobre, lors d'une émission en direct sur BFMTV, Julien Odoul, député du Rassemblement national (RN), a cité une phrase célèbre de Bainville : « Le peuple français est un composé. Il vaut mieux qu'une race. C'est une nation. » En réponse, le socialiste Arthur Delaporte l'a interpellé : « Vous savez qui est Jacques Bainville ? Arrêtez de citer Jacques Bainville. » Ce n'est pas la première fois qu'un responsable politique fait référence à Bainville.Débats sur l'antisémitisme
Bainville, principal théoricien de la politique étrangère du mouvement royaliste, était un compagnon de Charles Maurras et de Léon Daudet, connus pour leur antisémitisme. Toutefois, l'historien Christophe Dickès, élève de Soutou, affirme qu'aucune ligne de l'œuvre de Bainville n'est antisémite, tandis que Laurent Joly a mis au jour certains passages moins favorables. En 1907, Bainville écrivait : « À son seul manque de pudeur, le Juif se révèle étranger parmi nous », et en 1927, à propos d'un poème de Heinrich Heine, il déclarait : « Cette névrose juive, avec tout, avec les sentiments les plus sains, avec les idées les plus fortes et au besoin avec les éléments les plus étrangers au judaïsme, sait créer le trouble dans les esprits et dans les cœurs. » Ces textes ont conduit certains à qualifier Bainville d'écrivain antisémite.Jeunesse et opinions
En 1898, alors âgé de 19 ans et avant d'adhérer à l'Action française, Bainville se trouvait en Allemagne au moment de l'affaire Dreyfus. Il écrivit à son correspondant Georges Guéneau pour exprimer son soutien à la cause dreyfusarde et réclamer la révision du procès. Il désapprouvait toutefois les attaques de Zola contre l'armée. Influencé par Barrès et Maurras, il se rapprocha du nationalisme. Selon l'historien Henri Rollet, Bainville défendait encore l'innocence de Dreyfus en 1912.Prédictions historiques et influence
Dans Les Conséquences politiques de la paix (1920), Bainville anticipa les contradictions politiques du traité de Versailles, en prédisant des événements qui mèneraient à la Seconde Guerre mondiale. Il pressentit l'annexion de l'Autriche, les revendications sur la Tchécoslovaquie, la crise du couloir de Dantzig et un rapprochement germano-russe au détriment de la Pologne. Son œuvre fut largement diffusée dans l'Allemagne nazie, et certains suggèrent que Hitler aurait pu s'en servir comme référence. L'héritage de Bainville est complexe : certains soutiennent que ses positions antisémites ne doivent pas éclipser ses contributions.