Attaque à Trappes

Le 23 octobre, un individu a ouvert le feu à Trappes, une commune de la région parisienne, visant des passants qui n'étaient pas blancs. L'attaque a fait un mort et cinq blessés, dont une fillette de 12 ans. Le suspect aurait déclaré aux policiers qu'il voulait s'en prendre aux « Noirs et aux Arabes ».

La réaction de Macron et la polémique

Le président français Emmanuel Macron a condamné cet incident comme une « attaque raciste » et l'a qualifié de premier acte terroriste fondé sur la « couleur de peau ou la religion ». Ses propos ont immédiatement suscité la polémique, car des attaques similaires visant des personnes en raison de leur origine ou de leur religion ont déjà eu lieu en France. Le ministère de l'Intérieur a recensé 9 737 infractions et délits racistes, xénophobes ou antireligieux en 2025, soit une hausse de 5 % par rapport à l'année précédente.

Le racisme dans la société française

La haine fondée sur l'origine supposée ou la religion semble plus décomplexée que jamais. Cela résulte d'une longue histoire de racisme systémique en France. Une exposition au musée de la Porte Dorée à Paris, intitulée Aux Origines, regards croisés sur le racisme et les discriminations, a mis en lumière les discriminations subies par les personnes d'origine réelle ou supposée. Une étude de SOS Racisme réalisée en 2026 révèle que 50 % des agences immobilières acceptent des demandes discriminatoires de propriétaires concernant l'origine des futurs locataires. À l'embauche, le fait de porter un nom d'origine maghrébine réduit d'un tiers les chances d'être contacté par un recruteur.

Éclairages d'experts sur le racisme

Solène Brun, sociologue au CNRS et co-autrice de Domination blanche, souligne que le racisme est souvent pris à la légère, alors qu'il est inscrit dans la loi depuis 1972. Elle affirme que le racisme est un rapport de pouvoir qui divise l'humanité en « races » supposées. Elle met en garde contre l'idée que le racisme serait pire aujourd'hui qu'autrefois, et remet en question le récit selon lequel les années 1980-1990 auraient été une époque où il était agréable d'être perçu comme non blanc en France.

Les racines historiques du racisme

Francisco Béthencourt, historien et auteur de Racismes, histoire du racisme, des croisades au XXe siècle, estime que la formation du racisme est antérieure à l'esclavage colonial. Il cite les conversions forcées au catholicisme dans la péninsule Ibérique au Moyen Âge comme une forme précoce de préjugé ethnique. Solène Brun ajoute que l'expulsion des Juifs d'Espagne devient raciale lorsqu'elle se poursuit par la persécution des convertis et de leurs descendants, soulignant que le racisme peut exister sans que la couleur de peau en soit le principal marqueur.

Le racisme dans les structures économiques

Aurélia Michel, autrice de Un monde en nègre et blanc, explique que la création du racisme en tant qu'idéologie est liée à l'économie de plantation, dans les colonies françaises, au XVIe siècle. Les Africains réduits en esclavage ont été classés comme inférieurs aux colons blancs, posant les bases de la suprématie blanche. Elle souligne que le racisme est un projet de domination et d'oppression qui perdure dans les structures économiques modernes, les inégalités fondées sur l'asymétrie Nord/Sud continuant d'affecter la répartition mondiale du travail et des ressources.

Terminologie raciale et cadres juridiques

Le terme « raciste » s'est imposé dans les années 1920 et 1930 pour décrire les politiques des régimes totalitaires d'extrême droite. L'historien Francisco Béthencourt explique que ce terme servait à définir les théories nazies visant à persécuter les Juifs. En France, l'expression « Français de souche » a été utilisée pour stigmatiser les personnes d'origine non française. Cette terminologie a des racines historiques : elle a d'abord servi à stigmatiser les Juifs étrangers au XIXe siècle, et continue de dévaloriser ceux dont l'ascendance n'est pas considérée comme française.

Tendances racistes contemporaines

En France, le racisme informel persiste malgré l'absence de soutien institutionnel. Francisco Béthencourt note que cette forme de racisme est visible dans le monde du travail, à l'école et dans le logement. Aurélia Michel met en évidence un troisième niveau de racisme, lié aux affects politiques, plus difficiles à contrôler. Des événements récents, comme l'attaque de Trappes et le meurtre d'Aboubacar Cissé, traduisent un climat de stigmatisation et de haine envers les musulmans, aggravé par une couverture médiatique qui met en avant des stéréotypes négatifs.