La France se prépare à un essor des centres de données, avec 2.100 milliards de dollars d'investissements mondiaux d'ici 2028, suscitant des inquiétudes écologiques et de souveraineté.
Hausse prévue des investissements mondiaux dans les centres de données
Selon des projections de Bank of America relayées par Reuters, les investissements mondiaux dans les centres de données pourraient atteindre 2 100 milliards de dollars d'ici 2028. Cette croissance traduit une demande croissante en infrastructures numériques, portée par les progrès technologiques.Le développement des centres de données en France
En France, plus de 350 centres de données sont déjà en activité, et l'État a identifié près de 1 200 hectares de terres fertiles, soit plus de 1 600 terrains de football, destinés à accueillir la nouvelle vague de ces méga-projets. Cette expansion s'inscrit dans une tendance mondiale plus large.Sécurité et taille d'un grand centre de données
Dans les couloirs ultrasécurisés de Data4 dans l'Essonne, le bourdonnement des installations mécaniques est continu depuis 20 ans. Pénétrer dans ce campus de 110 hectares, l'un des plus grands d'Europe, ressemble à un parcours de combattant : huit contrôles de sécurité, une surveillance biométrique et des caméras 24 heures sur 24.La consommation énergétique d'un grand centre de données
Ce seul site, situé à proximité de la petite commune de Marcoussis, délivre une puissance de 250 mégawatts. Concrètement, cela correspond à la consommation électrique totale d'une ville comme Toulon. Et ce n'est qu'un début face à la demande énergétique croissante des centres de données.L'impact de l'IA sur les besoins en énergie
La révolution de l'IA change complètement la donne : la demande en puissance de calcul est multipliée par dix chaque année. Une seule puce Nvidia consomme 700 watts, soit l'équivalent d'un four à micro-ondes. Cette demande croissante pousse les projets de centres de données vers des dimensions sans précédent.Un immense campus dédié à l'IA en Seine-et-Marne
À une heure de Paris, près de la commune de Fouju, en Seine-et-Marne, le futur Campus IA, financé à hauteur de 50 milliards d'euros, promet d'être encore plus colossal. À long terme, il nécessitera plus de 1,4 gigawatt d'électricité, soit l'équivalent d'un réacteur nucléaire EPR.Les défis de l'allocation de l'énergie
« Dès lors que l'on concentre une grande quantité d'énergie, soit on augmente nos capacités de production, soit on la retire à d'autres usages », alerte Didier Mallarino, ingénieur de recherche au CNRS et directeur adjoint du groupe Ecoinfo. « Avec la multiplication des canicules, il faudra faire des choix : alimenter les hôpitaux et la climatisation, ou plutôt les centres de données ? »Préoccupations écologiques et usage des terres
Nos zones rurales sont-elles en train d'être vendues à l'IA ? Data4 est consciente de l'impact écologique de ces géants. L'entreprise française a choisi de s'implanter sur d'anciennes friches industrielles afin d'éviter l'artificialisation des sols fertiles, comme dans le projet de campus futur de Nozay.Les défis environnementaux des centres de données
Pourtant, les défis pour minimiser l'impact de ces géants sont nombreux : « Nous allons utiliser beaucoup de produits chimiques, notamment des biocides pour éliminer les algues, il y aura de la corrosion des métaux et des émissions de polluants éternels (…) Il existe donc de nombreux polluants sur lesquels nous n'avons actuellement pas une vision très claire et qui ne sont absolument pas mesurés par les opérateurs de centres de données. »Une opposition croissante aux centres de données
Dans un contexte de 100 projets en cours, de constructions en dur sur des habitats naturels, de destruction de la biodiversité locale et de terres agricoles effacées de la carte, ces infrastructures sont considérées comme un non-sens écologique par l'Autorité environnementale.Souveraineté numérique et investissements étrangers
Le grand mythe de la « souveraineté numérique ». Mais alors, pourquoi un tel sacrifice ? L'argument principal est brandi comme une bannière politique : garantir la souveraineté numérique de la France face aux géants américains et chinois. Pourtant, la réalité financière et technologique raconte une tout autre histoire.Capitaux étrangers et dépendance technologique
Les chiffres du Campus IA parlent d'eux-mêmes : l'État est présent à travers Bpifrance (25 %), et la licorne française Mistral AI détient 5 %. Mais c'est MGX qui tient les rênes. Ce fonds d'investissement émirati, très proche de la Silicon Valley et de Donald Trump, finance 70 % du projet.Dépendance vis-à-vis des technologies étrangères
Sur le plan des équipements, la dépendance est tout aussi totale. Les processeurs indispensables proviennent du géant américain Nvidia, et Mistral loue déjà les superordinateurs de Microsoft pour entraîner ses modèles. « Nous n'aurons aucun contrôle sur ce qui se passe dans ces centres. Où est la souveraineté numérique là-dedans ? » s'indigne Jean-François Dupont, représentant de France Nature Environnement, dont le groupe s'oppose au projet.Mobilisation citoyenne et appels à l'action
La révolte citoyenne s'organise face à l'urgence. Sur le site GreenVoice, les mobilisations d'habitants et d'agriculteurs se multiplient. Ce dimanche, 14 collectifs de toute la France ont lancé un appel commun à « entrer en résistance contre les centres de données ». Ils réclament un moratoire et un débat démocratique sur les projets nationaux de centres de données.Le paradoxe entre progrès et préservation
Mais le paradoxe est mondial : sommes-nous prêts à sacrifier nos champs, nos vignes et nos prairies pour nourrir un monde virtuel ? Retrouvez notre analyse complète dans la vidéo « Planète C » en haut de l'article, sur la chaîne YouTube de 20 Minutes et sur le site 20minutes.fr.