Au moins dix grands centres de données en France suscitent la controverse, et la préoccupation croissante du public entraîne des démissions d’élus locaux, des pétitions et des mobilisations communautaires. Ces projets soulèvent des questions sur l’utilisation des sols, la consommation des ressources et l’impact sur les zones rurales. Le 11 septembre 2026, quatre élus de la petite commune d’Étrechet, dans l’Indre, ont démissionné en signe de protestation contre le projet de centre de données de Google. Avec seulement 1 000 habitants, Étrechet est l’une des nombreuses communautés qui résistent à ces grands projets numériques. Les inquiétudes portent notamment sur la perte de terres agricoles, la pollution sonore et les importantes demandes en électricité de ces infrastructures, que les critiques estiment pouvoir transformer les paysages ruraux en zones industrielles. Dans une lettre ouverte, les élus d’Étrechet ont décrit le campus proposé par Google comme colossal, couvrant 212 hectares — soit la taille de 300 terrains de football — et nécessitant 500 MW d’électricité, soit plus de la moitié de la production d’un réacteur nucléaire standard. Les habitants craignent également une hausse des coûts énergétiques et le risque de pénuries d’eau en raison des besoins du projet. Des préoccupations similaires émergent dans d’autres régions, comme en Alsace, où Microsoft fait face à l’opposition du collectif « IA pas moyen ! », qui a organisé une journée de mobilisation en septembre 2026. Le groupe met en garde contre les risques sanitaires et environnementaux, notamment le bruit et les champs électromagnétiques, et souligne qu’un seul centre de données pourrait consommer autant d’électricité qu’une ville de 30 000 habitants. Dans le sud de la France, près de Marseille, une coalition de groupes écologistes s’oppose au projet Telehouse à Pennes-Mirabeau. Le complexe proposé, composé de huit centres de données, serait construit sur six hectares de terrain, à seulement 85 mètres d’une forêt de pins ravagée par un important incendie il y a dix ans. La chaleur générée par les centres de données, estimée à 70 MW, pourrait encore augmenter le risque d’incendies dans la région. De même, Mistral AI, une entreprise liée à Bpifrance, MGX et Nvidia, prévoit de construire ce qu’elle qualifie de « plus grand campus européen dédié à l’intelligence artificielle » à Fouju, en Seine-et-Marne. Ce projet comprendrait onze centres de données sur un vaste plateau agricole et nécessiterait un investissement de 50 milliards d’euros. Des militants locaux du groupe « Stop Campus IA » estiment que l’ampleur de l’investissement est disproportionnée par rapport aux besoins de la zone rurale environnante. Si certains élus locaux soutiennent ces projets pour les avantages économiques qu’ils promettent, comme la création d’emplois, l’opinion publique reste divisée. Le maire de Châteauroux, par exemple, défend le projet de Google, qui créerait 1 200 emplois directs, et treize des quatorze communes de la région le soutiennent. Cependant, l’écart entre les promesses économiques et les coûts potentiels pour l’environnement et la société reste important. Ce mouvement n’est pas unique à la France : selon ZDNet, 40 % des projets de centres de données aux États-Unis sont actuellement abandonnés. Le 18 juillet 2026, 142 rassemblements ont eu lieu dans 42 États américains lors de la première protestation nationale coordonnée contre ces infrastructures. Le Texas, la Géorgie et la Californie figuraient parmi les régions les plus actives. Pour tenter d’apaiser les tensions, certaines entreprises américaines proposent des incitations financières aux communautés locales. En Pennsylvanie, NorthPoint Development a offert 10 000 dollars par ménage et 120 millions de dollars pour les services publics en échange de leur soutien. Pourtant, ces efforts n’ont pas suffi à calmer la colère du public. En France, chaque nouveau projet de centre de données semble déclencher la création de nouveaux groupes d’opposition locaux, signe que le débat sur le rôle et l’impact de ces infrastructures est loin d’être clos.