Un nouvel album met en lumière Clémence de Grandval

Un nouvel album a ramené l'attention sur Clémence de Grandval, compositrice française du XIXe siècle dont la musique était largement tombée dans l'oubli jusqu'à récemment. L'album comprend quatre CD et un livret détaillé avec une biographie et une analyse signées Constance Luzzati, harpiste et co-directrice du projet avec sa sœur Hélène Luzzati, violoncelliste. Il présente à la fois les œuvres lyriques de Grandval et son vaste répertoire de musique de chambre.

Contexte de Clémence de Grandval

Clémence de Grandval, née Clémence de Reiset en 1828, était issue d'une famille aristocratique. Son père, le baron Edouard de Reiset, appartenait à une famille militaire, tandis que sa mère, Adèle du Temple de Mézières, était femme de lettres sous le nom de plume d'Adèle de Ravenstein. La demeure familiale, le château de la Cour du Bois dans la Sarthe, était un foyer d'artistes et de musiciens, parmi lesquels Marceline Desbordes-Valmore, Auguste Franchomme et Friedrich von Flotow.

Vie personnelle et carrière

En 1851, elle épousa le vicomte Charles de Grandval, capitaine d'état-major, et devint mère de deux filles, Thérèse et Isabelle. Malgré son statut aristocratique et sa vie de famille, elle continua de composer abondamment, produisant de la musique de chambre, des symphonies, des concertos et plusieurs opéras et œuvres lyriques. Parmi ses opéras figurent Le Sou de Lise (1860), Les Fiancés de Rosa (1863), La Comtesse Eva (1864) et Piccolino (1869). Elle signait ses œuvres du pseudonyme « Clémence Valgrand », mais les critiques évoquaient souvent ses origines aristocratiques plutôt que son talent musical.

Contenu de l'album et style musical

L'album compte une vingtaine de chansons et comprend le Stabat Mater, œuvre déjà enregistrée par Michel Piquemal et le chœur Vittoria. La musique de chambre de Grandval comprend des pièces pour instruments à vent, telles que l'Invocation pour clarinette et piano et l'Air esclave, ainsi que les Quatre Pièces pour cor anglais et piano (1885), qui alternent entre un Lamento empreint de réflexion et un Final staccato et voluble enjoué. Sa Suite pour flûte et piano (1876) se distingue par ses qualités lyriques et faunesques.

Contributions de jeunes musiciens

Plusieurs jeunes musiciens français ont contribué à la redécouverte de l'œuvre de Grandval, dont Camille Chopin, Fiona Mc Gown et Coline Dutilleul. L'interprétation du Menuet par Camille Chopin est saluée pour son timbre cristallin, ainsi que la Pensée d'Amour, au caractère lyrique, tandis que l'interprétation de la Villanelle par Fiona Mc Gown est remarquée pour ses accents d'opéra. Coline Dutilleul est louée pour ses versions réussies du Sacrifice, de La Délaissée et de la Chanson laponne, qui témoignent de sa polyvalence et de sa profondeur émotionnelle.

Importance du Stabat Mater

Le Stabat Mater (1870), quatrième CD de l'album, est une œuvre importante qui s'inscrit dans le courant marial du XIXe siècle. Il est comparé à la Petite Messe solennelle de Rossini pour son instrumentation (piano et harmonium) et s'inscrit dans le renouveau de la musique sacrée porté par des compositeurs comme Saint-Saëns et Fauré. La pièce comprend une Introduction austère, neuf numéros qui mêlent une religiosité sincère à des éléments d'opérette, ainsi qu'un Juxta crucem particulièrement apprécié pour son air de contralto.

Héritage et difficultés rencontrées

L'héritage de Clémence de Grandval est aussi évoqué à travers sa vie personnelle et les obstacles qu'elle a dû affronter en tant que femme dans un domaine dominé par les hommes. Elle a un jour déclaré avoir « commis le seul crime d'être une femme », et exprimé sa conviction de n'avoir « jamais rien accompli d'autre que d'avoir essuyé les plâtres pour d'autres femmes ». L'article consacré à Clémence de Grandval, intitulé « Au cœur du romantisme français », a d'abord paru dans Forum Opéra.