La Nouvelle-Calédonie et l'UE signent un accord de coopération sur le nickel

Un nouvel accord a été signé le 20 octobre entre la Commission européenne et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Ce texte vise à renforcer la coopération dans l'industrie du nickel, en mettant l'accent sur l'amélioration de la compétitivité minière et sur la garantie d'un approvisionnement stable en métaux critiques pour l'Europe. L'accord a été signé par Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne, et par des représentants du gouvernement calédonien à Station N, à Nouméa.

L'UE veut stimuler la production locale de matières premières

L'Union européenne s'est fixé pour objectif d'extraire au moins 10 % de ses matières premières stratégiques sur le territoire de ses États membres d'ici 2030, dont 40 % devront être transformés dans l'UE. Cet objectif reflète l'inquiétude croissante de l'Union face à sa dépendance envers quelques pays pour des ressources essentielles. Stéphane Séjourné a insisté sur ce point lors d'un discours prononcé au Congrès le 19 octobre.

Le secteur calédonien du nickel face à des difficultés

La métallurgie de la Nouvelle-Calédonie traverse une période difficile, et son secteur du nickel est confronté à une crise sévère. Le projet de centrale hydroélectrique à réserve pompée Step, à Tontouta, dont le coût pourrait atteindre environ 50 milliards de francs, est à l'étude. Les représentants de l'industrie locale espèrent que le nouvel accord permettra de relancer les capitaux, tandis que trois usines clés, KNS, SLN et PRNC, cherchent des investisseurs.

Une feuille de route et une collaboration européenne en préparation

L'accord prévoit l'élaboration d'une feuille de route pour un partenariat stratégique dans un délai de six mois. L'Union européenne compte travailler étroitement avec l'ensemble de ses États membres, les acteurs industriels et la Banque européenne d'investissement dans le cadre de cette collaboration. Ambroise Fayolle, vice-président de la Banque européenne d'investissement, doit se rendre en Nouvelle-Calédonie début décembre, et le financement du projet Step y sera abordé.

L'UE étudie des outils pour soutenir les prix du nickel

La Commission européenne envisage de nouvelles mesures pour stabiliser les prix du nickel, notamment des contrats d'achat à long terme, une compensation de l'écart de prix et un prix plancher. Ces outils visent à diversifier les sources d'approvisionnement et à proposer des instruments commerciaux plus contraignants pour soutenir l'industrie.

Les exportations calédoniennes de nickel vers l'Europe en recul

Selon l'Institut de la statistique et des études économiques (Isee), seulement 11 000 tonnes de ferronickel calédonien ont atteint l'Europe l'an dernier, contre 137 500 tonnes vers l'Asie. L'Europe recourt moins au nickel calédonien depuis 2008, même si elle continue de l'utiliser indirectement, à travers des produits intermédiaires raffinés en Asie. Fatima Lachaize, présidente par intérim de l'usine du Sud, a souligné qu'une grande partie du nickel calédonien finit dans les voitures européennes.

Tensions politiques autour de l'accord

Les groupes indépendantistes Kanaky NC et UNI ont boycotté la séance au cours de laquelle Stéphane Séjourné a pris la parole le 19 octobre, laissant leurs sièges vides. Certains élus ont critiqué l'absence de débat préalable et le calendrier de l'accord, qu'ils jugent trop proche de l'élection présidentielle. Le député Emmanuel Tjibaou a affirmé que la coopération avec l'Europe ne devait pas se faire au détriment des emplois locaux ni du pouvoir de décision local.

Des inquiétudes sur la souveraineté exprimées par les indépendantistes

Christian Tein, du FLNKS, a averti que le nickel calédonien devait servir à favoriser le développement local, et non à créer de nouvelles dépendances. Le groupe Kanaky NC a appelé à l'élaboration d'une stratégie conçue de manière indépendante sur le Caillou. Stéphane Séjourné s'est dit surpris par les inquiétudes exprimées par ces groupes.

Prochaines étapes et voies d'exportation possibles

Selon les signataires, cet accord ne constitue que la première étape. Alcide Ponga a insisté sur la nécessité d'un « programme de réindustrialisation » en Europe. D'autres options sont à l'étude, notamment l'exportation de minerai vers le Japon ou la Corée du Sud afin de garantir des approvisionnements réguliers en nickel pour l'Europe. Une chaîne de valeur incluant des étapes de transformation est également envisagée.