Les factures d’énergie dans l’Union européenne augmentent fortement en raison du conflit en cours au Moyen-Orient et de la fermeture du détroit d’Ormuz, une voie maritime essentielle pour le transport du pétrole et du gaz. Ces événements ont alourdi le coût des importations d’hydrocarbures de 100 milliards d’euros supplémentaires depuis la fin du mois de février. L’hiver à venir s’annonce « difficile », selon Dan Jørgensen, le commissaire européen à l’énergie. Pour faire face à cette crise, l’UE prépare des mesures d’urgence, même si cela implique de faire des concessions sur ses politiques climatiques. Christophe Grudler, député européen du groupe Renew et expert en politique énergétique, souligne que 57 % de l’énergie consommée en Europe est encore importée, ce qui rend le continent vulnérable aux perturbations mondiales. Depuis février, les coûts énergétiques pour les citoyens européens ont fortement augmenté, et l’hiver s’annonce particulièrement éprouvant. Bien que l’UE n’anticipe pas de pénuries, elle s’attend à des prix « très élevés » du pétrole et du gaz. Grudler critique la stratégie de l’UE depuis la guerre en Ukraine, estimant que le continent, en se tournant vers le gaz naturel liquéfié (GNL) américain plutôt que d’accélérer l’électrification, a renoué avec une dépendance aux énergies fossiles. Pour atténuer les pressions sur le marché, l’UE a décidé de reporter d’un an une loi européenne sur les émissions de méthane. Cette réglementation aurait imposé aux entreprises importatrices d’hydrocarbures de surveiller et de déclarer leurs émissions de méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant contribuant fortement au changement climatique. Les représentants du secteur estiment que cette réglementation est trop stricte, craignant que les coûts de conformité n’alourdissent les prix de l’énergie ou ne poussent le gaz vers les marchés asiatiques. La France, qui soutenait auparavant cette loi, a désormais demandé ce report. Grudler, proche du président français Emmanuel Macron, reconnaît la difficulté mais affirme que l’UE utilise les outils disponibles pour gérer la crise, même si cela complique les objectifs climatiques. Thomas Pellerin-Carlin, membre du groupe Place publique au Parlement européen, s’oppose fermement à ce report, arguant que la pollution au méthane est un problème grave et que le report de la loi pourrait aggraver les vagues de chaleur à venir. Il critique Macron pour avoir cédé aux pressions de Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, qualifiant cette décision d’inacceptable et suggérant que le président fait de mauvais choix en matière de politique environnementale. L’UE s’inquiète également de la précipitation des États membres à remplir leurs réserves d’énergie, ce qui pourrait faire monter les prix. Elle encourage la « sobriété » – c’est-à-dire la réduction de la consommation d’énergie inutile – tout en mettant en garde contre des mesures qui pourraient nuire à la croissance économique, notamment dans les industries énergivores comme l’aluminium et la sidérurgie. De petits changements, comme une baisse d’un degré du chauffage des bâtiments industriels, sont considérés comme des moyens viables de réduire le gaspillage. La hausse des prix de l’énergie fait craindre l’émergence d’un grand mouvement social en Europe, comparable aux manifestations des Gilets jaunes en France en 2018. Grudler indique que les législateurs tentent de limiter l’impact sur les citoyens, mais il précise que ces hausses de prix sont dues à une situation géopolitique complexe, et non à une faute de l’UE ou du gouvernement français. À l’approche des élections, il met en garde contre le risque que certains exploitent la frustration populaire à des fins politiques. Selon la Commission de régulation de l’énergie, la facture annuelle moyenne de gaz pour les ménages français pourrait augmenter de 120 euros en 2026 par rapport à 2025.