Un « Godzilla El Niño » paralyse la Guyane : à Beli Kampu, les rivières servent à boire et au quotidien. Changement climatique et sécheresse extrême redessinent l'avenir de la région.
Une sécheresse perturbe la vie quotidienne en Guyane
Les habitants de Beli Kampu, un village situé le long de la rivière Lawa, au Guyana, lavent la vaisselle dans le fleuve en raison d'une sécheresse sévère. L'absence d'accès à l'eau potable à domicile a contraint la population à dépendre de la rivière pour ses besoins essentiels, et l'on craint que les pirogues, principal moyen de transport, ne puissent bientôt plus naviguer sur des cours d'eau qui se réduisent.Une sécheresse historique liée au changement climatique
Depuis le mois de juillet, le Guyana connaît une sécheresse historique, qui s'inscrit dans une crise climatique plus large liée à El Niño, un phénomène climatique naturel. Ce phénomène a provoqué une chaleur extrême dans la région amazonienne : en septembre, les précipitations ont chuté de 53 % et les températures ont augmenté de 1,1 °C par rapport aux mois précédents.Vie quotidienne et santé menacées
La sécheresse a bouleversé le quotidien de la commune isolée de Grand-Santi, où la vie dépend du fleuve. Les températures dépassent fréquemment 38 °C et l'humidité est faible, ce qui accroît fortement le risque d'hyperthermie et de déshydratation, en particulier lors des travaux physiques. Le niveau du fleuve a baissé de près de 12 mètres, ce qui complique l'accès à la nourriture et à l'eau.Les sécheresses passées révèlent des vulnérabilités
En 2024, le Guyana a connu des conditions similaires, entraînant la fermeture d'écoles et des pénuries de carburant. Les habitants ont dû louer des pirogues pour constituer des réserves de produits de première nécessité, pour un coût de 4 000 à 5 000 euros. Des ressources essentielles, comme le gaz et le carburant, utilisés à la fois pour les pirogues et pour l'électricité, sont devenues rares, ce qui met en lumière la vulnérabilité de la région face à de telles crises.La pénurie d'eau menace l'agriculture et la sécurité
La sécheresse aggrave le stress hydrique dans les zones côtières et forestières du Guyana, où beaucoup dépendent des rivières et des puits. Les eaux de surface contaminées par l'orpaillage illégal ne constituent pas une solution viable, et l'intrusion saline menace les approvisionnements en eau des zones côtières. Cela compromet également la gestion des éventuels incendies de savane, ce qui complique encore la situation.Réponse publique et allocation des ressources
La Collectivité territoriale de Guyane (CTG) s'est engagée à subventionner les coûts de transport et à déployer des unités mobiles pour purifier l'eau des rivières. En 2022, la gestion d'une crise de deux mois avait coûté 3,5 millions d'euros, et des dépenses similaires, voire supérieures, sont attendues cette saison. La CTG et les services de l'État se préparent également à livrer des fontaines atmosphériques et à utiliser avions et hélicoptères pour l'acheminement de ravitaillement.El Niño devrait s'intensifier
L'Organisation météorologique mondiale prévoit que l'actuel El Niño, surnommé « Godzilla », atteindra son pic en décembre et se prolongera jusqu'en février 2027. Cela pourrait retarder la saison des pluies traditionnelle au Guyana, qui commence habituellement en novembre, ce qui accentuerait encore les tensions sur les ressources en eau et la planification agricole.Défis climatiques à long terme et adaptation
Felix Dada, maire de Grand-Santi, reconnaît la nécessité d'un mode de vie plus autonome, moins dépendant des importations venues du littoral. Les projections climatiques suggèrent qu'd'ici 2100, le Guyana pourrait faire face à une chaleur extrême et à une baisse des précipitations, ce qui soulève des inquiétudes quant à l'habitabilité de la région sans efforts d'adaptation importants.