Les habitants vivant à proximité de la **grotte de Lascaux**, dans le département de la Dordogne, s’opposent à un projet de centre de données d’un coût de 400 millions d’euros, prévu sur l’emplacement d’une ancienne papeterie située sur les communes de Condat-sur-Vézère et Le-Lardin-Saint-Lazare. Ce site, qui employait autrefois 1 200 salariés, a fermé ses trois lignes de production au début des années 2020. Aujourd’hui, le terrain de 51 hectares est proposé par le groupe SPB pour y installer un « supercalculateur » destiné à entraîner des services d’intelligence artificielle (IA), et non à stocker des données. Le projet, qui devrait créer 250 emplois, prévoit également de récupérer la chaleur des serveurs pour des activités comme la culture de fraises en serre. Le groupe SPB présente ce projet comme un levier potentiel pour une industrie française de l’intelligence artificielle « souveraine ». Les riverains s’inquiètent des conséquences environnementales, d’autant que le site se trouve à proximité du site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO de la **grotte de Lascaux**, et dans une zone Natura 2000. L’économie locale repose en grande partie sur le tourisme, un secteur déjà fragilisé par les effets d’une sécheresse estivale sévère. Un habitant, Nicolas, estime que le projet est « inadapté » à la région, tandis qu’un autre évoque un sentiment de « désespoir » au sein de la population après la fermeture de la papeterie. La mobilisation a débuté en juillet, avec une pétition recueillant 5 600 signatures dans les deux communes, qui comptent ensemble 2 500 habitants. Cela a conduit à une réunion publique le 30 septembre, réunissant plus de 400 personnes, au cours de laquelle les promoteurs du projet ont présenté leurs arguments. Ceux-ci ont souligné que le projet ne consommerait pas d’eau en grande quantité, grâce à un système de refroidissement en circuit fermé. Cependant, ils n’ont pas été en mesure de préciser quelles entreprises loueraient la puissance de calcul ni quels services d’IA seraient développés. La consommation électrique du centre de données est estimée à 165 MW, soit l’équivalent de la consommation d’une ville de 160 000 habitants ou de la production de 50 à 90 éoliennes. Les promoteurs ont également indiqué qu’ils utiliseraient les générateurs à gaz existants de l’ancienne papeterie pour produire une partie de l’électricité, une première en France pour ce type d’infrastructure. Des inquiétudes persistent quant à l’impact environnemental, notamment l’éventuel recours à des produits chimiques PFAS dans le système de refroidissement, ainsi que sur les nuisances sonores et thermiques liées au site. Les promoteurs ont précisé que les « activités annexes » liées à la récupération de chaleur restaient des options à l’étude. L’opposition locale rassemble des habitants, d’anciens salariés de l’usine, des défenseurs de l’environnement et des professionnels du tourisme. Certains soulignent qu’ils ne rejettent pas toute forme de développement, mais aspirent à des projets vertueux et respectueux de l’environnement. Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large en France et en Europe, avec des résistances similaires en Belgique, en Espagne, en Angleterre et en Allemagne. Des organisations environnementales locales et nationales, dont France Nature Environnement, SOS Forêt et la Confédération paysanne, ont apporté leur soutien à la mobilisation.