Dans l’État du Kentucky, une agricultrice de 83 ans, Ida Huddleston, et sa fille, Delsia Bare, ont refusé une offre de 26 millions de dollars pour vendre leurs terres, destinées à la construction d’un important centre de données. Ces terres, détenues par la famille depuis 1848 et couvrant 216 hectares, ont été approchées par un promoteur agissant au nom d’un projet initialement gardé secret. Celui-ci s’est ensuite révélé être un centre de données de 2,2 gigawatts pour Meta, la société derrière Facebook, assorti d’une clause de confidentialité stricte. L’offre représentait dix fois la valeur marchande des terres. Delsia Bare, qui estime que « l’intelligence artificielle causera la destruction de l’espèce humaine », a immédiatement résilié le contrat et demandé aux représentants de quitter les lieux. Sa mère a également refusé de renoncer à sa vie paisible, déclarant simplement vouloir « rester assise dans mon fauteuil, boire mon café et manger là où j’ai toujours mangé ». Ce refus a créé des tensions à Maysville, une petite ville du Kentucky peuplée de 8 700 habitants. En contestant le projet devant les tribunaux, les deux femmes ont bloqué toutes les transactions dans la région, privant leurs voisins d’un gain financier inattendu et alimentant des disputes locales. Le projet de centre de données aurait pu apporter près de 2 000 emplois, dont 400 postes permanents et plus de 1 500 emplois dans le secteur de la construction, ce qui aurait pu relancer l’économie régionale et attirer de nouveaux habitants. Cette situation n’est pas unique au Kentucky. Les centres de données suscitent une forte opposition dans de nombreuses régions et pays où des projets similaires sont en développement. À Dallas, un petit centre de données particulièrement bruyant, dont le niveau sonore équivaut à celui d’un avion au décollage, a poussé un quartier à se mobiliser. En France, les tensions montent également autour de l’utilisation des sols. À Châteauroux, un vaste projet de Google sur 195 hectares a provoqué de vives contestations locales et conduit au départ de plusieurs élus. Ceux-ci ont exprimé des inquiétudes quant à l’impact sur les terres agricoles et les ressources en eau, tout en critiquant Google pour ne pas avoir fourni suffisamment de garanties. Pourtant, cette méfiance du public contraste avec les objectifs de certains gouvernements. Dans un récent rapport, des sénateurs français ont recommandé d’accueillir davantage de centres de données en France afin de rendre l’intelligence artificielle moins polluante, s’appuyant sur un mix électrique national décarboné à 95 %. Alors que la demande en intelligence artificielle ne cesse de croître, les centres de données gagnent en importance. Cependant, ils soulèvent également des défis, comme le bruit, l’utilisation des sols et les préoccupations environnementales. Ces infrastructures, désormais au cœur de la course à l’intelligence artificielle, peinent à trouver un équilibre satisfaisant à la fois les besoins des communautés et les objectifs du progrès technologique.