Un carnet découvert à la **Bibliothèque nationale de France** (BnF) a été identifié comme l’une des plus importantes découvertes concernant Wolfgang Amadeus Mozart en plusieurs décennies. Ce manuscrit de 44 pages contient des leçons de composition que Mozart a données à Paris en 1778 à Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes, une jeune aristocrate douée pour la harpe. Le carnet a été identifié en février 2026 par François-Pierre Goy, conservateur au département de la Musique de la BnF. L’identification a été confirmée par Laurence Decobert, spécialiste des manuscrits de Mozart, et Armin Brinzing, directeur de la Bibliotheca Mozartiana à Salzbourg. Entre mai et juillet 1778, Mozart a donné près d’une leçon de composition par jour à Marie-Louise. Le carnet inclut des exercices et sept courtes pièces pour flûte et harpe. Il témoigne du travail entrelacé du maître et de l’élève, Mozart proposant des idées, les corrigeant et les développant, tandis que Marie-Louise les recopiait, les complétait et expérimentait. Mozart n’était pas particulièrement élogieux envers son élève. Dans une lettre à son père, Leopold, datée du 14 mai 1778, il critiquait son manque d’"idées". Dans une autre lettre ultérieure, il se montrait tout aussi sévère sur ses capacités en composition. Ces commentaires ont façonné la perception de Marie-Louise comme une figure techniquement compétente mais peu inspirée dans la biographie de Mozart. Le manuscrit permet de réévaluer ce jugement. Plusieurs exercices du carnet sont entièrement écrits de la main de Marie-Louise. Six des pièces pour flûte et harpe sont achevées, d’après les idées de Mozart, tandis que la septième reste inachevée, peut-être en raison de son mariage le 26 juillet 1778. Le carnet ne précise pas jusqu’où son talent aurait pu se développer, mais il montre clairement son engagement dans l’apprentissage de la composition. Pour les femmes de l’entourage social de Marie-Louise, la vie musicale se déroulait largement dans la sphère privée. Elles apprenaient à jouer d’instruments et se produisaient devant des invités. Certaines achetaient des partitions, commandaient des œuvres ou engageaient des musiciens professionnels. Ces rassemblements pouvaient être importants pour les carrières des musiciens, offrant des opportunités de se faire connaître auprès de mécènes ou de décrocher des commandes. L’écriture de Marie-Louise est particulièrement précieuse, car elle permet de retracer sa participation aux leçons. Sa méthode de travail peut être suivie à travers les exercices, sans se limiter aux seuls commentaires de Mozart sur ses capacités. Pour beaucoup d’autres femmes, les traces restantes sont bien plus rares, comme une simple feuille de musique ou une mention dans une lettre. Cette réalité rejoint les recherches sur la culture musicale européenne au XIXe siècle, notamment sur les salons — des rassemblements privés où les musiciens se produisaient devant des mécènes influents et nouaient des relations avec eux. Comme l’explique la musicologue Rebecca Cypess dans Women and Musical Salons in the Enlightenment (Les Femmes et les salons musicaux au siècle des Lumières), ces salons reliaient les sphères publique et privée. Les hôesses y exerçaient une influence culturelle, choisissant qui inviter et quelles œuvres interpréter, à une époque où les institutions musicales officielles offraient peu d’opportunités aux femmes. Cette influence reposait sur des positions privilégiées, comme l’accès de Marie-Louise à l’enseignement de Mozart grâce à la richesse et au statut social de sa famille. Pourtant, la musique jouée dans les maisons de l’élite a contribué au développement de la culture musicale, même si l’histoire s’est souvent concentrée sur les noms des compositeurs célèbres. Les compositions récemment découvertes ont été jouées en public pour la première fois à la BnF le 21 juin 2026 par la flûtiste Mathilde Calderini et la harpiste Nicolas Tulliez. Le concert a été enregistré et diffusé par France Musique.