La MINURSO, mission de l'ONU au Sahara occidental, est réformée : Washington propose de mettre fin à son rôle de maintien de la paix pour en faire une mission politique, suscitant la polémique du Front Polisario.
Une mission de l'ONU face à une proposition de réforme
La mission des Nations unies au Sahara occidental, la MINURSO, est soumise à de fortes pressions en vue de profonds changements, alors que le Conseil de sécurité se prépare à décider de son avenir d'ici le 31 octobre. Une proposition américaine, datée du 20 octobre et communiquée aux membres le 22 octobre, suggère de renommer la mission « Mission des Nations unies pour le Sahara occidental », de mettre fin à son rôle de maintien de la paix d'ici le 30 avril 2027 et de la transformer en mission politique spéciale. Ce texte n'est pas encore officiel et pourrait être révisé.Adoption d'une résolution de l'Assemblée générale
Le 15 octobre, la Quatrième Commission de l'Assemblée générale a approuvé sa résolution annuelle sur le Sahara occidental par 152 voix pour, 2 contre (les États-Unis et Israël) et 7 abstentions, dont celles de la France et du Royaume-Uni. Le Maroc, qui revendique la région comme faisant partie de son territoire, a soutenu un texte sur la décolonisation, tandis qu'Israël et les États-Unis, qui ont rédigé la résolution 2797 du Conseil de sécurité, s'y sont opposés. Les observateurs ont jugé paradoxal le résultat du vote.Une nouvelle orientation portée par les États-Unis
La proposition américaine préconise une autonomie placée sous contrôle marocain, présentée comme la seule solution réalisable au conflit. Elle salue les efforts de l'envoyé personnel Staffan de Mistura et des États-Unis, qui ont permis la tenue de trois cycles de négociations directes à Washington et à Madrid. Elle reconnaît également le rôle de l'ancien président Trump et souligne que davantage de pays reconnaissent désormais la souveraineté marocaine. Le plan prévoit de réduire les effectifs de la mission d'au moins la moitié d'ici le 31 janvier 2027, et de soumettre les futures propositions de mandat au Secrétaire général d'ici le 15 décembre.Un analyste critique la proposition
Riccardo Fabiani, analyste à l'International Crisis Group, qualifie la proposition de très favorable au Maroc. Selon lui, la MINURSO ne serait plus une mission de maintien de la paix visant à organiser un référendum, mais soutiendrait plutôt une médiation fondée sur le plan marocain. M. Fabiani ajoute que la proposition « ferme la porte à tout autre type de solution ».Le Front Polisario réagit vivement
Le Front Polisario, qui représente le peuple sahraoui en quête d'indépendance, a critiqué la proposition dès sa diffusion. Son représentant auprès de l'ONU, Mohammed Sidi Omar, l'a jugée « dangereuse sur le plan juridique » et a averti qu'elle pourrait nuire à la confiance entre les parties. Dans une lettre adressée à la présidence du Conseil, le Front a qualifié la proposition de « rupture dangereuse et sans précédent » et a menacé de se retirer du processus si elle était adoptée sans modification.Un vote qui rompt un consensus de longue date
Le vote du 15 octobre marque une rupture avec vingt ans d'accord. À la demande des États-Unis, qui souhaitaient un vote sur les 23 propositions de la session, la résolution a recueilli 152 voix pour, deux contre et sept abstentions. Ce texte, qui poursuit les travaux du Comité des 24, doit être distingué de la résolution 2797 du Conseil.Un renforcement des liens stratégiques entre les États-Unis et le Maroc
Les États-Unis entretiennent une solide alliance stratégique avec le Maroc, renforcée par la coopération avec Israël. Les relations entre le Maroc et Israël remontent à la fin des années 1950. Le Maroc est devenu un allié majeur hors OTAN en 2004 et a conclu un accord de libre-échange avec les États-Unis. En 2020, le Maroc a signé avec Washington une feuille de route de coopération militaire, quelques semaines seulement avant la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et la normalisation des relations avec Israël. Cet accord a été renouvelé en 2026.Le Comité de la Quatrième Commission devient un sujet de tension
La Quatrième Commission est devenue une source de tensions avec Washington. Les États-Unis ont cherché à mettre fin au mandat du Comité des 24, et les médias occidentaux ont relevé que Washington considère ces résolutions comme dépassées. La stratégie de sécurité nationale de l'administration Trump, publiée à la fin de 2025, a introduit un « corollaire Trump » à la doctrine Monroe, dont l'objectif est d'empêcher des puissances extérieures comme la Russie et la Chine d'accroître leur influence dans l'hémisphère occidental.Un compromis probable sur l'avenir de la MINURSO
Compte tenu de la situation actuelle, l'issue la plus probable est la prorogation du mandat de la MINURSO, avec le maintien d'une référence symbolique à un référendum. La mission se concentrerait vraisemblablement davantage sur la facilitation politique liée au plan d'autonomie marocain, déjà évoqué dans la résolution 2797. La composition du Conseil et le processus de négociation étayent cette issue. La version finale devrait être présentée comme un compromis politique, préservant la forme du principe tout en privilégiant le fond du plan d'autonomie, la question étant reportée de 12 mois.