L'occupation d'Olechky par les forces russes a plongé la ville dans un état de famine, d'emprisonnement et d'effacement. Le sort de cette cité soulève des questions sur l'impact de ce système sur les vivants, les morts et leur mémoire, ainsi que sur l'impunité qui permet de telles actions. Cet article, intitulé La ville prise en otage. Olechky l'insoumise, c'est l'Ukraine!, a été publié par desk russie.
La situation tragique dans la ville occupée d'Olechky, où les habitants meurent de faim, sont abandonnés et empêchés de partir par l'armée russe, invite à réfléchir sur la nature de l'occupation russe et sur la question du mal. C'est aussi l'occasion de rappeler la campagne de parrainage menée par L'Ukraine, leur liberté et la nôtre pour soutenir les civils ukrainiens emprisonnés par les Russes.
Neuf kilomètres séparent Kherson d'Olechky, de l'autre côté du fleuve Dniepr. Un pont les reliait autrefois, mais il est désormais fermé. Kherson est libre, mais elle est la cible des drones russes. Olechky est occupée depuis les premiers jours de l'invasion, en février 2022. Depuis le printemps 2026, la situation à Olechky dépasse l'ordinaire registre de la guerre : une ville de 24 000 habitants est réduite à environ 2 000 personnes, une crise humanitaire s'abattant sur la ville alors que les livraisons de nourriture s'arrêtent et que l'évacuation sûre devient quasi impossible. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères, cité par Kyïv Independent, indique que la population avant-guerre était de 24 000 habitants et que celle estimée au printemps 2026 est d'environ 2 000.
Olechky n'est pas comme les autres villes assiégées qui résistent ou tombent. C'est une ville déjà prise, que son conquérant assiège de l'intérieur. Le nom de la ville porte en lui le souvenir des Cosaques zaporogues qui, plutôt que de se soumettre à Pierre le Grand, établirent leur Sitch sous la protection du khan de Crimée de 1711 à 1728. Une Sitch d'exil, sans murs ni canons, mais libre. Une Sitch fondée en 1711 avec l'autorisation du khan de Crimée, abandonnée en 1728. Le 8 mars 2022, treizième jour de l'invasion, les habitants, aussi insoumis que leurs ancêtres, défilèrent aux côtés de leurs élus en criant « Olechky, c'est l'Ukraine ! » Beaucoup en payèrent le prix par des mauvais traitements ; aucun élu ne servit l'occupant.
Le 6 juin 2023, les Russes ont détruit le barrage de Kakhovka. Ce barrage était sous contrôle russe depuis février 2022, et Volodymyr Zelensky avait prévenu dès octobre 2022 que les forces russes l'avaient miné. L'institut norvégien de sismologie NORSAR a enregistré le 6 juin 2023 à 2 h 54 un signal de magnitude 1 à 2 caractéristique d'une explosion ; des capteurs infrarouges américains ont détecté une signature thermique au même moment. L'enquête du New York Times (17 juin 2023), menée avec des ingénieurs et des experts en explosifs, a conclu qu'une charge avait été déclenchée dans la galerie traversant les fondations en béton, depuis l'intérieur de l'ouvrage, et que « les preuves indiquent clairement que le barrage a été détruit par une explosion déclenchée par le côté qui le contrôlait : la Russie ». Le parquet général ukrainien enquête sur ces faits sous l'inculpation d'écocide et de crime de guerre.
La faim comme méthode. Au Kremlin, c'est une vieille connaissance. Les routes quittant la ville sont minées. Le dernier magasin a fermé en janvier ; la dernière livraison de nourriture remonte au 26 mai. Le 25 juin, la Mission des Nations unies pour les droits de l'homme a jugé la situation désespérée et recensé, depuis le début de l'année, vingt-neuf civils tués et cinquante-quatre blessés à Olechky et à Hola Prystan, sa voisine, principalement par des drones. Pendant l'été, les jardins ont nourri ce qui restait de la ville. On fait de la soupe avec de l'amarante et du pourpier ; certains en sont venus à manger les chiens.
Sur les clôtures, les habitants ont accroché des panneaux : « Ici, pas de nourriture », « Ici vivent des personnes âgées », visant les soldats russes, eux aussi affamés, qui se servent chez les habitants. Un kilo de sel vaut mille roubles, et mille roubles ne valent rien, car personne ne vend : on échange. Quand l'armée ukrainienne largue par drone quatre tonnes de nourriture, les soldats russes confisquent les colis, et ceux qui les ramassent sont jetés dans des caves et battus : recevoir du pain d'Ukraine, c'est collaborer avec elle.
L'hôpital, dernier refuge. Sans électricité ni médicaments, on vient y dormir parce qu'on n'y est pas tiré dessus, et y manger chaud quand le générateur fonctionne ; dans ses sous-sols, une centaine de corps que l'occupant interdit d'enterrer attendent, tandis que certains enterrent leurs proches ou voisins en secret dans les jardins. Les familles disparaissent sans laisser de trace. Fin septembre, les Russes ont découvert le chemin par lequel une dizaine de personnes fuyaient chaque jour à pied, sur vingt-cinq kilomètres à travers champs ; ils l'ont miné. En plus de quatre ans, pas un seul couloir humanitaire. Le médiateur ukrainien Dmytro Loubinets a établi une liste de trois cent cinquante-huit personnes à évacuer en priorité, il a obtenu le soutien du CICR et une trêve du côté ukrainien ; la Russie n'a jamais confirmé. Le 28 septembre, Volodymyr Saldo, le gouverneur installé par Moscou pour la région, a déclaré qu'aucune évacuation n'était prévue et qu'il ne donnerait pas le nombre d'habitants : ce serait, a-t-il dit, une information « non objective ».
En 1947, les lecteurs français découvrent une ville fermée. Dans La Peste, Camus raconte Oran, dont les portes sont closes, les familles séparées par un décret, le journaliste Rambert qui cherche un passeur pour rejoindre celle qu'il aime, la préfecture et ses bulletins, les morts comptés par semaine, puis par jour, puis on ne sait plus comment les compter. Camus avait écrit à Roland Barthes : son roman était la résistance européenne au nazisme. L'enquête publiée le 29 septembre par le média ukrainien Slidstvo.Info identifie deux unités stationnées dans et autour de la ville : la 126e brigade de défense côtière de la flotte de la mer Noire, et le 331e régiment aéroporté de la Garde, venu de Kostroma, commandé depuis août 2025 par le colonel Oleg Morozov, indicatif « Kholod », le froid. Avec Camus, la peste n'avait pas de nom ; ici, elle a un indicatif radio. Le droit de la guerre oblige la puissance occupante à nourrir et soigner la population ; affamer les civils est un crime de guerre, et ces crimes sont imprescriptibles.
À l'Assemblée générale des Nations unies, le 23 septembre, Andrii Sybiha, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, a rappelé le Holodomor. Le Musée national du Holodomor l'a résumé simplement : la privation délibérée de nourriture fut l'un des mécanismes du génocide de 1932-1933. Le passé a ici un visage : de 1928 à 2016, la ville a porté le nom d'Alexandre Tsiouroupa, né sur place, commissaire du peuple à l'Approvisionnement de Lénine, l'homme des détachements armés qui, dès 1918, quittaient les villes pour saisir le grain des paysans. Il a fallu neuf ans d'efforts aux habitants pour faire rebaptiser la ville, débarrassée du nom d'un homme qui avait causé la famine. En 2023, les occupants ont rendu à la ville le nom du commissaire. Personne ne confond les échelles. Mais la méthode est reconnaissable : un territoire fermé, la nourriture retirée, le nombre de morts tenu secret, et un pouvoir qui détient la clé et ne dit rien à ce sujet.
Le 10 juin 1942, en représailles à l'attentat contre Heydrich, les nazis exécutèrent les hommes de Lidice, en Tchécoslovaquie, déportèrent les femmes à Ravensbrück, gazèrent la plupart des enfants, rasèrent le village et effacèrent son nom des cartes : Lidice devait mourir. Trois mois plus tard, le 6 septembre, les mineurs du Staffordshire, autour d'un médecin de Stoke-on-Trent, Barnett Stross, lancèrent « Lidice vivra » et prélevèrent sur leurs salaires ce qu'il fallait pour reconstruire le village ; des villes du Mexique, du Brésil, du Panama, de l'Illinois en prirent le nom. On ne compare pas un massacre d'un jour à un siège de six mois ; comparons plutôt deux volontés d'effacement, et retenons la réponse : face à l'effacement, des villes du monde entier ont répondu par son nom. Banale par ses hommes, radicale par ses effets. À Olechky, le mal semble banal : un policier qui recopie des registres, un soldat qui confisque un colis tandis que d'autres ferment une route, un gouverneur qui refuse un chiffre ; qu'ils haïssent ou non, il leur suffit d'appliquer. Mais il est aussi radical au sens qu'Arendt donnait à ce mot en 1951 : un mal qui rend les hommes superflus, et qui y parvient par degrés. On détruit d'abord la personne juridique : pas de passeport russe, pas de sortie, pas de recours ; puis la personne morale : recevoir du pain devient une faute, enterrer ses morts une infraction ; enfin l'individu lui-même : les morts non comptés, les corps non rendus, le nom effacé.
Entre Lidice et Olechky, la nature du mal ne change pas ; son régime de visibilité, si. Le nazisme exhibait : Lidice fut filmée et annoncée à la radio le jour même, car la terreur devait servir d'exemple. Le pouvoir soviétique niait, et le pouvoir russe nie : le Holodomor fut censuré et nié, y compris dans les colonnes du New York Times ; Olechky est un crime sans chiffres, avec des corps gardés dans les caves, dont les images d'habitants heureux sont déjà en préparation, selon Kyïv. L'un voulait que l'on sache pour trembler ; l'autre veut que l'on ignore pour douter.
Oleksandr Prokoudine, chef de l'administration régionale de Kherson, affirme que la Russie retient en otage les deux mille habitants d'Olechky. L'occupant garde ces civils parce que leur présence protège les canons et les mortiers qu'il a installés dans leurs quartiers ; il refuse de les laisser partir, comme il refuse de les nourrir. Olechky est la forme métastasée d'une pratique qui traverse tous les territoires occupés par la Russie : plus de seize mille civils ukrainiens enlevés, tenus secrets, utilisés comme monnaie d'échange, un chiffre présenté en août devant le Conseil de sécurité.
Si la prise d'otages est le mode de gouvernement de l'occupation russe et la marque de sa terreur, Olechky est le lieu où le mal, souvent caché, devient visible à l'œil nu. C'est pourquoi la réponse des mineurs de Stoke-on-Trent reste valable aujourd'hui. Une campagne citoyenne, « Ensemble, sauvons les otages civils ukrainiens ! », propose aux villes de France, de Belgique, de Suisse et du Luxembourg de faire ce que les villes firent en 1942 : prendre en charge les noms de femmes et d'hommes. Une municipalité qui parraine un otage civil le nomme en séance, affiche son visage sur sa façade, écrit à Moscou pour demander des nouvelles ; elle redonne à une personne effacée son existence publique. Olechky est le nom d'une ville ; chaque otage civil aura le sien. Louviers, Amboise et Lyon ont été les premières ; d'autres se préparent.
Olechky sous occupation russe confronté à la famine et à l’effacement
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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