La Fashion Week de Paris met l'accent sur l'attitude plutôt que sur l'esthétique, avec des mannequins qui incarnent des personnages à travers des gestes spectaculaires et des normes détournées.
La Fashion Week met l'accent sur l'attitude plutôt que sur l'esthétique
Avant le coup d'envoi officiel de la Fashion Week de Paris, l'attention portée à l'attitude et à la performance a déjà donné le ton. Les créateurs mettent en avant la manière dont les mannequins se tiennent et interagissent avec leurs vêtements, transformant les défilés en expressions théâtrales d'identité et de personnalité.Des mannequins interprètes, et pas seulement porteurs de vêtements
Chez Gucci, à Milan, les mannequins avançaient à pas mesurés, leurs sacs monogrammés à la main, d'une façon qui rappelle les personnages forts et spectaculaires de séries télévisées classiques comme Dynasty et Gossip Girl. De même, sur les podiums parisiens, Vaquera faisait tenir des fume-cigarettes à ses mannequins, tandis que Telfar a choisi la musicienne Crystal Murray comme unique mannequin, qui marchait avec l'assurance des top models des années 1990, derrière de larges lunettes noires.La notion de « cool » et son lien avec la mode
Selon l'étude What Makes Things Cool? menée par Caleb Warren et Margaret C. Campbell, le « cool » se définit par une liberté mesurée, qui évite de transgresser totalement les normes tout en s'en démarquant. Cette idée se reflète dans la façon dont les mannequins se tiennent sur le podium, où les vêtements suggèrent souvent des manières précises de se tenir debout, de bouger et même de bousculer les attentes.Une longue histoire de la performance dans la mode
L'art d'incarner un look a une riche histoire. Dans les années 1950, Christian Dior encourageait ses mannequins à agir comme des danseuses, virevoltant dans leurs jupes volumineuses. Dans les années 1970, Pat Cleveland apportait une énergie « plus grande que nature » faite de mouvements spectaculaires, tandis que les années 1990 ont vu des top models comme Linda Evangelista et Cindy Crawford marcher avec l'assurance d'icônes mondiales, faisant de leur démarche une signature.Redécouvrir le jeu et la théâtralité dans la mode actuelle
Aujourd'hui, les créateurs réinventent cet aspect performatif. Chez August Barron, la collection Walk of Fame s'inspirait de films comme Boogie Nights et Sunset Boulevard, les mannequins ponctuant leur marche de gestes et de poses. Le défilé de Tom Ford a proposé des mouvements lents et délibérés ainsi que des regards persistants, tandis que Vivienne Westwood a présenté des mannequins marchant avec des attitudes variées, de la fierté à l'ennui.La mode comme dialogue avec le public
Certains défilés choisissent d'interagir directement avec le public, d'autres l'ignorent délibérément. Chez Hodakova, les mannequins portaient de faux yeux peints et marchaient les yeux presque fermés, et chez De Pino, les mannequins défilaient par deux, le visage caché sous de grandes perruques. Ces choix puisent dans le théâtre, en jouant sur l'idée du « quatrième mur », la frontière invisible entre la scène et la salle.La mode comme récit non verbal
Steven Mitz, scénariste et ancien styliste, note qu'à l'ère de l'hypervisibilité, l'« attitude » consiste à savoir obscurcir et rendre moins lisibles des codes familiers. La mode devient alors un récit non verbal, un moyen d'exprimer sa vie intérieure. Même avec l'essor des mannequins générés par l'IA, cette expressivité nous rappelle que la mode ne concerne pas seulement les images, mais aussi les gestes, les comportements et le choix d'être vu ou non.