L'Inspection générale de la police nationale est scrutée, alors que les enquêtes sur les fautes policières explosent lors des manifestations étudiantes, soulevant des doutes sur son indépendance et ses moyens.
Hausse des enquêtes visant la police
Depuis le début du mouvement étudiant à la fin septembre, l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a vu croître le nombre d'enquêtes qui lui sont confiées. Surnommée « la police de la police », l'IGPN est chargée des enquêtes internes au sein de la police nationale. Selon le ministère de l'Intérieur, 24 enquêtes étaient ouvertes par l'IGPN au 9 octobre, liées à des actes commis par des policiers lors des manifestations étudiantes.Enquêtes à Paris
À Paris, huit enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN et deux par le service de déontologie de la préfecture de police, a déclaré la procureure Laure Beccuau sur BFMTV. Ces enquêtes font suite à des incidents tels qu'un coup de genou filmé lors d'une manifestation place de la Bastille. Une femme de 31 ans a porté plainte pour agression sexuelle lors d'une manifestation étudiante à Paris.Deux domaines d'enquête
L'IGPN intervient dans deux domaines : judiciaire et administratif. Les enquêtes judiciaires sont engagées par le procureur de la République ou un juge d'instruction, tandis que les enquêtes administratives sont menées sur instructions du ministre de l'Intérieur ou d'autres responsables. Une fois ses investigations achevées, l'IGPN propose des sanctions, mais ne les prononce pas elle-même.Un champ d'action limité
L'IGPN est chargée de traiter les « affaires d'une particulière gravité, complexes ou sensibles », selon un rapport de 2014. Toutefois, l'ONG Flagrant déni souligne que l'IGPN ne traite qu'environ 10 % des enquêtes pénales visant des policiers, la majorité des dossiers étant confiés aux « cellules de déontologie » départementales. L'association, qui défend les droits des victimes de violences policières, les qualifie de « trous noirs ».Un nombre croissant d'enquêtes
Selon le rapport annuel 2025, 1 007 enquêtes judiciaires ont été recensées, soit une hausse de 10 % par rapport à 2024. Olivier Cahn, professeur de droit, affirme que l'IGPN n'est plus en mesure de gérer un tel volume de plaintes. L'IGPN compte 264 agents, dont seulement 42 % sont affectés aux enquêtes. Le recours à la force par les policiers est la principale cause des enquêtes, avec 32 % des dossiers.Autres motifs d'enquête
La deuxième raison la plus fréquente d'enquête concerne les manquements à la probité, comme la corruption ou la prise illégale d'intérêts, qui représentent 23 % des dossiers. L'IGPN enquête également sur l'usage d'armes, les faux, les vols, les injures racistes ainsi que le harcèlement moral ou sexuel. Créée en 1884, l'IGPN a longtemps été dirigée par des policiers, ce qui soulève des interrogations quant à son indépendance.Appels à réforme
Le Conseil de l'Europe a recommandé de réformer les organes d'inspection de la police et de la gendarmerie afin de renforcer leur indépendance et leur impartialité. Le Conseil national des barreaux (CNB) a relevé que le chef de l'IGPN demeure placé sous le contrôle du ministère de l'Intérieur. Le CNB a proposé un mandat parlementaire pour garantir une plus grande indépendance. En 2021, le président Emmanuel Macron avait proposé la création d'un organe parlementaire chargé de contrôler l'action des policiers, mais cet organe n'a toujours pas vu le jour cinq ans plus tard.