La version française des Mille et Une Nuits a considérablement évolué au cours des trois derniers siècles. Elle a débuté avec la traduction d’Antoine Galland au début du XVIIIe siècle, qui a permis à de nombreux lecteurs européens de découvrir ces récits. Plus récemment, des universitaires comme Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel se sont attachés à restaurer le texte arabe original dans sa forme brute, poétique et non polie, comme on le voit dans l’édition de la Pléiade. Entre ces deux extrêmes, des traducteurs tels que Joseph-Charles Mardrus et René R. Khawam ont chacun proposé leur propre version, oscillant entre un exotisme marqué et une quête d’authenticité.
Les histoires des Mille et Une Nuits trouvent leur origine dans une tradition orale en Inde, avant de gagner la Perse où elles furent enrichies, puis couchées par écrit dans le monde arabe dès le Xe siècle. Des savants comme Mas‘ûdî et Ibn al-Nadîm ont déjà évoqué un livre intitulé Alf layla wa-layla (Mille Nuits et Une Nuit), qui était une traduction arabe d’un recueil persan connu sous le nom de Hazâr Afsân (Mille Contes). Ce texte n’a jamais été figé ; il a évolué au fil du temps, façonné par différentes cultures et périodes. L’absence d’une version originale unique rend sa traduction à la fois indispensable et complexe.
Antoine Galland, un érudit français maîtrisant l’arabe, le turc et le persan, commença à traduire les Mille et Une Nuits au début du XVIIIe siècle. Il publia d’abord l’histoire de Sindbâd le Marin à partir d’un manuscrit en sa possession, en 1701. Plus tard, il reçut trois volumes manuscrits en provenance d’Alep, aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France. Ces manuscrits, datant des XIVe ou XVe siècles, sont incomplets : l’un des volumes manque, et le texte s’interrompt au milieu d’un récit. La traduction de Galland, publiée en douze tomes entre 1704 et 1717, intégra des histoires comme celles d’Aladdin et d’Ali Baba, absentes des manuscrits arabes antérieurs, et qui devaient marquer durablement l’image de l’Orient en Europe.
Joseph-Charles Mardrus, médecin et poète, publia entre 1899 et 1904 une nouvelle traduction qu’il présenta comme une version « littérale et complète » du texte arabe. Son travail mettait l’accent sur l’exotisme et l’érotisme, reflétant les goûts de l’ère de la Belle Époque. À l’inverse, René R. Khawam, avocat et traducteur, s’appuya sur des manuscrits antérieurs à l’invention de l’imprimerie, écartant des récits comme ceux d’Aladdin et d’Ali Baba, absents de ces sources. Il cherchait à restituer ce qu’il considérait comme une version plus pure du texte.
Au début du XXIe siècle, Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel proposèrent une nouvelle traduction pour la collection de la Pléiade. Leur travail, fondé sur l’édition de Bûlâq imprimée au Caire en 1835, visait à offrir un texte complet, étayé par une solide recherche universitaire. Publiée en trois volumes entre 2005 et 2006, cette traduction alliait une connaissance approfondie à une attention particulière portée au style, cherchant à faire entendre la langue arabe en français à travers ses expressions singulières, ses apostrophes au lecteur, ses poèmes intégrés et ses variations de ton. Cette version a su préserver la rudesse, la diversité et la beauté étrange de l’original, évitant aussi bien les concessions au goût du public que l’exotisme outrancier.
Évolution des traductions françaises des Mille et Une Nuits sur trois siècles
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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