Les candidats à l’élection présidentielle française de 2027 concentrent leurs efforts sur la mobilisation des électeurs qui ne participent généralement pas aux scrutins. Ce groupe, appelé les abstentionnistes, s’est fortement développé ces dernières années, notamment chez les jeunes et les personnes peu qualifiées. Lors du scrutin présidentiel de 2022, plus d’un électeur inscrit sur quatre n’a pas voté au premier tour, ce qui illustre l’ampleur du phénomène. Cette tendance est devenue un enjeu central pour les principaux candidats, dont Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et Marine Le Pen (Rassemblement national). Les abstentionnistes ne forment pas un bloc homogène, mais reflètent une diversité de profils sociaux et de modes de vie, présents aussi bien en milieu urbain que rural. Les données révèlent une hausse marquée de l’abstention systématique, où les électeurs s’abstiennent à tous les tours des élections présidentielle et législatives. En 2022, 30,4 % des inscrits sans diplôme se sont abstenus systématiquement, contre 9,5 % de ceux ayant fait des études supérieures. Cet écart s’est creusé avec le temps : la différence entre ces deux groupes a augmenté de plus de 20 points de pourcentage depuis 2002. Le phénomène touche surtout les personnes les moins diplômées, et le recul de la participation s’est accéléré depuis 2012. Face à ce constat, Mélenchon a recentré sa campagne sur la mobilisation des jeunes et des habitants des quartiers populaires, qu’il désigne comme la « Nouvelle France ». Sa stratégie inclut des thèmes comme le conflit israélo-palestinien et l’islamophobie, tandis qu’il délaisse en partie d’autres électorats, comme les zones rurales. La répartition géographique de l’abstention joue aussi un rôle clé dans les stratégies des candidats. Les bureaux de vote en France présentent des disparités : certains enregistrent une participation élevée, d’autres une abstention massive et récurrente, dépassant souvent 40 %. En 2022, Mélenchon a réalisé ses meilleurs scores dans ces zones peu mobilisées, avec une moyenne de 41 % contre seulement 19 % dans les secteurs les plus actifs. Marine Le Pen, elle, dispose d’un électorat plus équilibré selon les niveaux de participation. Les deux candidats disposent chacun d’un réservoir potentiel d’environ 2,5 millions d’électeurs, mais leurs bastions diffèrent. Mélenchon mise sur l’Île-de-France, notamment des villes comme Seine-Saint-Denis, Sarcelles ou Gonesse, tandis que Le Pen trouve un écho plus large dans le Nord et le Grand Est. Pour toucher ces publics, les candidats déploient des stratégies ciblées. Le mouvement de Mélenchon, La France insoumise, a organisé en 2026 une série de caravanes pour inciter à l’inscription sur les listes électorales, une initiative reconduite chaque été depuis 2016. Les motivations de l’abstention sont variées : certains électeurs expriment leur mécontentement envers les dirigeants ou le gouvernement, d’autres estiment qu’aucun candidat ou liste ne leur convient, et d’autres encore pensent que les élections ne changeront rien à leur vie. Alors que l’abstention continue de progresser – elle a atteint 42,8 % au premier tour et 42,7 % au second des municipales de 2026 –, l’efficacité avec laquelle les candidats parviendront à mobiliser ces électeurs pourrait s’avérer décisive pour l’issue de la présidentielle de 2027. Mélenchon mise en particulier sur l’idée que cet électorat pourrait échapper aux logiques traditionnelles des sondeurs, qui anticipent pour lui une lourde défaite.