Les agents du chauffage de Paris sont en grève pour des bas salaires et de mauvaises conditions, menaçant le chauffage des bâtiments municipaux alors que les négociations sont au point mort.
Les agents du chauffage parisien en grève sur les salaires et les conditions de travail
Le vendredi 23 octobre, peu avant 8 heures, un agent de la Ville de Paris disposait des madeleines et des brioches sur une petite table, au sixième étage d'un atelier situé près de la tour Montparnasse. Une soixantaine d'agents du service de l'ingénierie climatique, c'est-à-dire du chauffage, attendaient l'arrivée de leur direction. Ils sont en grève depuis le 15 octobre pour réclamer une hausse de leur salaire.La direction rejette les principales revendications
Selon Benjamin Gluckstein, secrétaire général du syndicat CGT des services de la santé, sociaux, culturels, administratifs, architecturaux et techniques de la Ville de Paris, la direction a indiqué que la prime de technicité, l'une des revendications, ne serait pas revalorisée. Cette prime mensuelle de 105 euros n'a pas été augmentée depuis 27 ans. Les autres revendications portées par les trois syndicats CGT concernent elles aussi en grande partie les salaires, comme la revalorisation des fonctions, mais aussi les moyens matériels.Un écart entre le discours public et la réalité
Emmanuel Grégoire, maire de Paris, est au courant du mouvement de grève, la direction l'a de nouveau confirmé, affirme Benjamin Gluckstein. Nous dénonçons une véritable contradiction. D'un côté, Emmanuel Grégoire critique le gouvernement pour ne pas répondre aux revendications des lycéens, et il a parfaitement raison de le faire. Mais il faut balayer devant sa porte et ne pas appliquer les mêmes méthodes à son propre personnel.La grève risque de perturber la saison de chauffe
Cette grève, peu médiatisée pour l'instant, est pourtant suivie par presque tous les techniciens du chauffage de la capitale, soit une centaine de personnes, qui paient sans doute le manque de reconnaissance publique de leur métier, ainsi qu'un contexte national socialement tendu. Sans avancée notable sur leurs revendications, les Parisiens pourraient bientôt découvrir l'importance de ce métier. Car cette période de l'année est cruciale : avec le retour du froid, c'est maintenant que les 1 200 centres de chauffe des bâtiments publics de la ville doivent être mis en route. Or la grève pourrait bien perturber et retarder ces opérations.Les agents se préparent à un hiver difficile
Samy Bouhaka, ingénieur chauffagiste principal et délégué du personnel à la CGT, reconnaît qu'ils mettront en route les installations quoi qu'il arrive, car c'est leur travail et ils ont un devoir d'obéissance. Mais ces deux semaines de mise en service constituent leur seule fenêtre pour faire entendre leurs revendications. Les effets de ce ralentissement se font déjà sentir. La directrice d'une école du 19e arrondissement de Paris a écrit un courriel aux services de la Ville de Paris pour se plaindre de l'absence de chauffage dans son établissement et dans son logement de fonction.Les grévistes réclament reconnaissance et meilleures conditions
Après la rencontre avec la direction, qui n'a satisfait personne, les grévistes se sont de nouveau réunis dans la petite salle de service. Les délégués syndicaux ont exprimé leur ressenti. Il a été décidé de suivre l'équipe de direction, qui devait se rendre dans une crèche du 14e arrondissement avec un représentant de la Ville de Paris, auquel ils ont jugé utile de faire face. Direction la crèche de la rue de Pernety vers 10 h 30, en transports en commun. « C'est ma première grève », glisse Frédéric, maître ouvrier depuis 50 ans.Un effectif et un savoir-faire en déclin depuis des années
Parmi les autres grévistes, Jean-Marc est bien placé pour juger de la dégradation de ses conditions de travail, puisqu'il est arrivé en 1995. Technicien du chauffage à la Ville de Paris, son quotidien consiste à réparer les fuites, modifier les radiateurs, changer les filtres de ventilation et régler les brûleurs dans la chaufferie. En dehors de la période de chauffe, il consacre le reste de l'année à la réparation et à l'entretien des infrastructures des bâtiments publics, des écoles aux piscines, en passant par les logements de fonction de certains élus municipaux. « Nous étions autrefois beaucoup plus nombreux », confie-t-il. Dans l'atelier où nous nous trouvions ce matin, il y avait une centaine de personnes. Aujourd'hui, nous sommes une centaine au total sur les trois sites de la ville. » L'homme se souvient d'une grève en 2001. « Elle a duré deux jours et demi, poursuit Jean-Marc. À l'époque, nous avions bloqué la direction avec toutes les voitures, et les CRS ont dû nous évacuer. »Charge de travail et inquiétudes sur la privatisation
Djimé, technicien chauffagiste principal, est dans le service du chauffage depuis 37 ans. « Les agents travaillent par deux sur un secteur de 20 à 40 chaufferies, dont la puissance va de 40 kilowatts pour une crèche à deux mégawatts. Il y a six secteurs par atelier et trois ateliers », décrit-il. Je faisais le câblage des armoires et les installations électriques complètes dans les chaufferies. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, cela est parti dans le privé », déplore-t-il. Sous la pluie, le petit groupe attend calmement que les membres de la direction sortent devant la crèche. Lorsque les portes s'ouvrent, les techniciens du chauffage s'approchent de Marie Daudé, haute fonctionnaire et secrétaire générale de la Ville de Paris, pour qu'elle transmette leur mobilisation au maire et à ses adjoints. Interrogée par Basta !, elle a refusé de réagir.L'intervention du privé suscite l'inquiétude
Après un bref échange aussi froid que la pluie, les deux parties quittent les lieux. Pour les techniciens du chauffage, il faut maintenant déterminer l'avenir du mouvement. « Nous savons qu'ils ont demandé à faire appel au privé et qu'une entreprise fournira 27 techniciens dès lundi matin », révèle Benjamin Gluckstein, de la CGT. Cela va poser des problèmes, car ce sont des techniciens qui ne connaissent pas les installations. Ils arriveront, mettront le chauffage en route, mais en cas de problème, le privé ne sera pas là pour les aider. Cela va leur coûter très cher », prévient le délégué du personnel. Un moyen pour la direction de « briser la grève », selon les syndicalistes, qui l'ont écrit dans une lettre adressée notamment au maire de Paris le 23 octobre.Des risques persistants et un avenir incertain
Pour certains, la journée se poursuit à l'atelier Nord, dans le 19e arrondissement, rue de Cambrai. Dans ce quartier, plusieurs agents ont été victimes d'agressions ces derniers mois. « C'est une réalité que certains ne veulent pas entendre, ne pas reconnaître les risques que nous prenons toute la journée », déplore Samy Bouhaka, délégué du personnel à la CGT. Mais notre mouvement porte avant tout sur le pouvoir d'achat. Un électricien est très recherché dans la région parisienne et ne viendra pas chez nous avec nos salaires actuels, d'autant qu'une partie d'entre nous vit à Paris, où le coût de la vie a explosé. »Aucune avancée alors que la saison de chauffe commence
Le lundi 26 octobre, la situation restait bloquée. Des salariés du privé auraient mis en route le chauffage des crèches dans la matinée. « Apparemment, ils ont choisi la stratégie de l'usure, et c'est très regrettable », critique Benjamin Gluckstein. De son côté, la Ville de Paris a répondu par écrit à nos demandes. Elle « tient à rappeler que les agents du service énergie de la direction de la construction et de l'architecture bénéficient, comme les autres agents municipaux, de revalorisations régulières de leur rémunération » et « propose de centrer les discussions sur la revalorisation du régime indemnitaire, avec une première réunion de négociation fixée au 9 novembre avec l'ensemble des organisations syndicales ». D'ici là, l'argent manquera sans doute aux grévistes, qui réclament du pouvoir d'achat, et non des brioches.