Les technologies numériques pourraient accentuer l'isolement émotionnel chez les jeunes, selon Baptiste Detombe dans La révolution émotionnelle : quand le numérique détruit le lien.
L'impact du numérique sur les liens affectifs
Baptiste Detombe, dans son dernier essai La révolution émotionnelle : quand le numérique détruit le lien, examine la manière dont les technologies numériques affectent les liens émotionnels dans la société moderne. Il soutient que, si la technologie n'est pas la seule cause de l'isolement croissant, elle joue un rôle important dans la façon dont les jeunes générations vivent leurs émotions.Une crise de la pauvreté émotionnelle
Detombe identifie une « crise de la pauvreté émotionnelle », en citant le fait que 62 % des jeunes âgés de 18 à 29 ans disent se sentir « parfois » seuls, et que 41 % de cette même tranche d'âge sont célibataires. Il attribue cette situation à un mélange de solitude profonde, de structures sociales fragiles et de l'essor de l'intelligence artificielle relationnelle.Le paradoxe du choix dans les relations numériques
Il met en lumière le paradoxe du choix : l'accès à de nombreux profils sur les réseaux sociaux entraîne une frustration constante lorsque l'on se compare aux autres. Cela crée une frustration structurelle qui accentue le sentiment d'isolement et l'insatisfaction à l'égard des relations dans la vie réelle.La vulnérabilité des jeunes
Selon Detombe, les jeunes sont particulièrement vulnérables à ce basculement émotionnel. Ils traversent une phase de transition, cherchent leur place dans le monde et s'appuient sur des cercles sociaux extérieurs à leur famille. Cette période coïncide souvent avec un sentiment de vide social et avec le « siècle antisocial », marqué par une solitude croissante.Prudence affective et applications de rencontre
Detombe constate que les jeunes sont de plus en plus prudents quant à leur investissement affectif, influencés par un état d'esprit qui considère le temps passé avec autrui comme une perte potentielle pour leur épanouissement personnel ou professionnel. Les applications de rencontre, affirme-t-il, y contribuent en promouvant des attentes idéalisées qui débouchent souvent sur des déceptions dans la vie réelle.Les difficultés de la transition vers les relations en face à face
Il évoque la difficulté de passer des interactions virtuelles aux interactions réelles, qu'il attribue à la peur de la souffrance affective et à un manque de familiarité avec la « friction de l'altérité ». Detombe cite Antoine de Saint-Exupéry, qui croyait que la joie naît du risque de la souffrance, suggérant que les environnements numériques ont pu préserver les individus de ce type d'expérience.Normes relationnelles changeantes et influence des médias
Detombe souligne que des normes relationnelles floues ont installé une forme d'incertitude, conduisant certains à éviter les épreuves affectives. Les médias, comme Hollywood et Netflix, ont également façonné la perception de l'amour, en assimilant souvent la passion à une relation réussie, ce qui peut fausser les attentes dans les rencontres réelles.Signes d'espoir et efforts de régulation
Malgré ces difficultés, Detombe reste optimiste, citant le recul de l'usage des applications de rencontre et l'intérêt croissant pour les activités physiques comme signes d'un possible retour à des liens humains plus authentiques. Il relève également que certains États mettent en place des réglementations pour encadrer l'usage de l'intelligence artificielle relationnelle.Appel à repenser le rôle de la technologie
En s'appuyant sur l'anthropologie chrétienne, Detombe évoque l'Évangile de Marthe et Marie, et insiste sur l'importance de la présence physique et de l'attention portée à autrui. Son livre, La révolution émotionnelle : quand le numérique détruit le lien, publié chez Albin Michel, appelle à repenser la manière dont la technologie influence et façonne les relations humaines.