Dans son nouvel ouvrage, Le Pouvoir du lien, la philosophe française Marie Robert explore la nature des relations humaines, des ruptures et leur influence sur les individus comme sur la société. Il s’agit de l’œuvre la plus personnelle et la plus aboutie de Robert à ce jour, qui s’ouvre sur une réflexion autour des ruptures – ces moments de perte ou de fracture – et s’interroge : ces instants ne pourraient-ils pas aussi être des opportunités pour préserver ou redéfinir nos relations ? Elle défend l’idée que les liens sont essentiels pour nourrir à la fois les personnes et la société, et que leur absence engendre une solitude qui, selon elle, devient un fléau mondial. Elle s’appuie sur des statistiques alarmantes : cent victimes de solitude par heure dans le monde. Robert aborde la question de la solitude moderne, la distinguant de l’idée romantisée de la solitude créatrice. Elle explique que cette forme de solitude, marquée par un manque d’appartenance et de connexion émotionnelle, a des conséquences physiologiques et sociétales graves. Les personnes qui en souffrent peuvent adopter des comportements inhabituels, comme converser avec une intelligence artificielle ou adhérer à des positions politiques extrêmes. Si la technologie offre des outils de communication, elle ne peut remplacer l’altérité de l’interaction humaine – ce concept désignant la présence d’autrui qui nous enrichit et nous challenge. S’inspirant de la philosophie de Martin Buber, Robert oppose le « tu » de l’interaction humaine au « cela » des machines, soulignant la singularité de la présence et de la tension que procurent les relations humaines. Elle s’interroge aussi sur l’impact de la digitalisation : si la communication en ligne est pratique, elle manque de la richesse des échanges en face à face, comme le contact visuel ou la chaleur d’une voix humaine. Selon elle, l’absence de ces éléments peut affaiblir la profondeur de nos liens. Dans le chapitre intitulé « Construire la société », Robert examine comment la vie moderne réduit souvent les interactions à des échanges fonctionnels, effaçant l’individu derrière la transaction. Elle s’appuie sur la conviction de Buber selon laquelle les moments de friction et de présence sont indispensables à la formation de liens significatifs, même en période de conflit. Elle affirme que les vrais débats, lorsqu’ils sont menés avec sincérité, peuvent renforcer les relations en favorisant un engagement et une compréhension authentiques. Au-delà de ses réflexions philosophiques, Robert puise son inspiration dans diverses formes culturelles, comme la littérature, le cinéma ou les séries télévisées. Elle y trouve des enseignements philosophiques dans la culture populaire et les expériences du quotidien, insistant sur l’importance de se décentrer – une démarche centrale en philosophie, à l’opposé de la psychologie, souvent centrée sur le moi. Elle évoque aussi le romantisme qui imprègne son travail, influencé par la littérature russe et les lettres d’amour, qu’elle juge à la fois grandioses et profondément significatives. Plutôt que de voir l’amour comme un objectif ultime, elle le considère comme une pratique exigeante, ponctuée de déceptions. L’ouvrage propose des exercices pratiques visant à ancrer les idées philosophiques dans le quotidien, afin de ramener la philosophie au présent. Robert anime des ateliers d’écriture pour encourager la réflexion personnelle et l’application des concepts philosophiques. Sans prétendre être une experte en vie, elle souligne l’importance de la philosophie pour préserver le bien-être mental et cultiver des liens plus profonds avec autrui.