Plus de six Français sur dix estiment que l’intelligence artificielle (IA) avancée représente au moins un risque modéré d’extinction humaine, selon un sondage réalisé par l’institut Public First pour Politico. Parmi les six pays occidentaux interrogés, seuls les Allemands et les Espagnols sont significativement moins nombreux à partager cet avis. L’enquête, menée entre le 13 et le 15 septembre, a porté sur 2 094 adultes en France et plus de 2 000 dans chacun des cinq autres pays. En France, 62,3 % des répondants perçoivent au moins un risque modéré, dont 26,6 % un risque modéré, 23,5 % un risque significatif et 12,2 % jugent l’extinction humaine par l’IA presque certaine. Seuls 6,3 % des sondés rejettent tout danger. Une majorité de Français prennent au sérieux le scénario d’une extinction humaine causée par l’IA, beaucoup souhaitant ralentir le développement de cette technologie ou accorder du crédit aux avertissements de ceux qui la conçoivent. Près de la moitié des Français (48,3 %) se disent favorables à l’idée de suspendre le développement de l’IA, d’après le sondage. Un tiers des répondants (33,4 %) préfèrent poursuivre son développement, espérant en tirer des « avantages significatifs ». Les électeurs qui prévoient de voter pour le Nouveau Front populaire sont les plus nombreux à réclamer cette pause (55,8 %), devant ceux d’Ensemble (50,6 %) et du Rassemblement national (48,4 %). Sur la question de la compétition internationale, les avis sont plus partagés. Globalement, 42,6 % des Français acceptent que la France puisse prendre du retard si elle développe une IA plus responsable et sûre, contre 40,2 % qui rejettent tout recul, même au prix de risques pour rester dans la course. Les hommes sont 50,3 % à privilégier cette seconde option, contre 31 % des femmes. Les Britanniques et les Canadiens acceptent plus clairement ce retard, à environ 53 %. Aux États-Unis, les électeurs de Donald Trump en 2024 sont presque également divisés entre une pause (44 %) et la poursuite du développement (40 %), tandis que le président des États-Unis a qualifié de « blague » le risque d’extinction lié à l’IA, le 14 septembre sur Truth Social. Selon Politico, Mistral AI, l’entreprise française, est le candidat européen le plus sérieux sur le marché des modèles d’IA de pointe. La société dirigée par Arthur Mensch rejette cette logique de pause et, dans un communiqué adressé à la presse, accuse OpenAI et Anthropic d’utiliser des incidents récents liés à la sécurité pour promouvoir des règles qui étoufferaient la concurrence. En juillet, plus de 1 200 employés de grands laboratoires américains d’IA ont signé une lettre exigeant une coordination internationale et un ralentissement du développement des systèmes les plus avancés. Mi-septembre, Dario Amodei, PDG d’Anthropic, a relancé l’appel à freiner la course à l’IA, avec le soutien de Sam Altman et d’Elon Musk. Près de la moitié des répondants (49,2 %) estiment que les employés des laboratoires mettant en garde contre le risque d’extinction y croient sincèrement. Pour un quart des sondés (25,4 %), il s’agit d’une manœuvre marketing destinée à mettre en avant la puissance de leurs produits, et 34,2 % des 25-34 ans partagent ce soupçon. Le 8 septembre, le chercheur Jacob Coxon, d’Anthropic, a démissionné pour dénoncer le développement incontrôlé de l’IA. Le 21 septembre, des militants de PauseAI ont réitéré ces avertissements devant le Parlement européen à Bruxelles. « Nous ne monterions pas dans un avion qui aurait une chance sur dix d’exploser en plein vol », a déclaré Didier Coeurnelle, coordinateur de PauseAI Belgique, en référence à l’estimation d’Anthropic d’un risque supérieur à 10 % d’extinction humaine par l’IA. Neil Chilson, responsable des politiques sur l’IA à l’Abundance Institute, voit dans ces résultats « le schéma classique de la panique technologique ». En dehors de l’Espagne, au moins un tiers des adultes dans chaque pays utilisent rarement, voire jamais, l’IA, note Business Insider. En France, 22 % des répondants n’utilisent jamais l’IA et 14,2 % l’utilisent moins de quelques fois par mois. « Pour l’instant, la peur l’emporte sur l’expérience. Mais l’expérience finira par rattraper son retard », met en garde Neil Chilson. Parmi les 18-24 ans, seulement 4,8 % des répondants n’utilisent jamais l’IA, et 55,3 % réclament néanmoins une pause dans son développement, le taux le plus élevé parmi tous les groupes d’âge.