Linda, professeure remplaçante spécialisée dans les langues vivantes, a récemment été affectée à l’enseignement de l’anglais dans un établissement situé à 60 kilomètres de son domicile. Cette situation inhabituelle a mis en lumière les dysfonctionnements du système éducatif, alors que le ministre de l’Éducation nationale a annoncé la mobilisation d’environ 3 000 enseignants remplaçants dans les prochains jours. Cette décision intervient après les plaintes de lycéens, excédés par l’absence de professeurs remplaçants dans leurs établissements. Linda a été contactée vendredi 9 octobre et informée qu’elle devrait enseigner une matière pour laquelle elle n’a pas été formée. Elle a qualifié cette mission de « défi », précisant qu’elle devra parcourir 120 kilomètres aller-retour pendant trois jours. « On m’a contactée pour me proposer une matière qui n’est pas celle pour laquelle j’ai passé le concours », a-t-elle déclaré à BFMTV. En tant que professeure de langues vivantes, elle s’est vue attribuer l’anglais sans préparation préalable. Elle a exprimé son mécontentement face à cette situation, se sentant « comme un pion » dans un système qui ne valorise pas le travail des enseignants. Linda a également évoqué les risques encourus en cas de refus, notamment des sanctions pour abandon de poste. Elle a critiqué le ministre de l’Éducation nationale, qualifiant la mesure de « fausse annonce » et dénonçant un sentiment de « mépris total » de la part du gouvernement. « Ce que je veux dire aux lycéens, ou même aux policiers, c’est que nous sommes tous méprisés par nos ministères », a-t-elle affirmé, soulignant que professeurs et élèves subissent un système qui ne les écoute pas. Linda a expliqué avoir tenté de contester cette affectation, mais qu’on lui a prévenue que le refus entraînerait des mesures disciplinaires. « On m’explique que si je n’accepte pas (...), je serai punie et je risque des sanctions pour abandon de poste », a-t-elle indiqué. Elle estime que sa situation n’est pas isolée. Édouard Geffray, le ministre de l’Éducation nationale, a justifié cette mobilisation par la nécessité de répondre aux préoccupations des élèves, notamment en période d’examens, où les absences prolongées de professeurs laissent certains cours sans couverture. Selon un récent rapport parlementaire, environ 7,5 % des heures de cours ne sont pas assurées dans le secondaire en raison du manque de remplaçants. Les enseignants remplaçants sur zone (TZR) sont des professeurs certifiés ou agrégés affectés pour couvrir les absences dans les établissements de leur secteur géographique ou à proximité. Ils interviennent pour des remplacements de plus de 15 jours et enseignent de la sixième à la terminale. Cependant, Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, a mis en garde sur BFMTV contre les effets pervers d’une telle mobilisation. Elle craint qu’une utilisation massive des remplaçants aujourd’hui ne réduise les ressources disponibles pour les remplacements futurs, notamment pendant les mois d’hiver. Vénétitay a plaidé pour des « solutions structurelles » afin de résoudre la crise persistante dans l’éducation, estimant que les mesures temporaires ne suffiront pas à régler les problèmes de fond.