Les rivières atmosphériques se sont déplacées de 6 à 10 degrés vers les pôles en 40 ans, modifiant les régimes de précipitations et risquant sécheresses et inondations dans différentes régions.
Les rivières atmosphériques se déplacent vers les pôles
Les rivières atmosphériques, de étroites bandes d'humidité dans l'atmosphère, se sont nettement déplacées au cours des 40 dernières années. Dans l'hémisphère Nord, elles se sont décalées d'environ 6 degrés de latitude vers le pôle, et dans l'hémisphère Sud, d'environ 10 degrés. Ce déplacement correspond à des mouvements de plus de 600 kilomètres au nord et de plus de 1 100 kilomètres au sud.Des chercheurs étudient les mouvements des rivières atmosphériques
Zhe Li et Qinghua Ding, de l'Université de Californie à Santa Barbara, ont étudié la manière dont les rivières atmosphériques transportent l'humidité vers les hautes latitudes et contribuent aux précipitations dans les régions de moyennes latitudes. Leurs conclusions, publiées dans Science Advances le 11 octobre 2024, mettent en évidence le déplacement important de ces couloirs d'humidité.Les modèles climatiques et les observations ne concordent pas
Les modèles climatiques qui intègrent les influences humaines passées prévoyaient une hausse de l'activité des rivières atmosphériques aux moyennes latitudes. Toutefois, les réanalyses des données climatiques passées montrent un tableau plus complexe, avec des hausses près de 50°N et 50°S et des baisses près de 30°N et 30°S. Ce schéma, qui part des tropiques, n'est pas bien reproduit par les modèles climatiques moyens.Le refroidissement de l'est du Pacifique est à l'origine du déplacement
La principale cause de ce déplacement, selon les chercheurs, est le refroidissement des eaux de surface de l'est du Pacifique tropical depuis 2000. Ce refroidissement est lié à la circulation de Walker, un vaste mouvement de l'air dans les tropiques. Les conditions de La Niña, qui se caractérisent par des eaux plus froides dans l'est du Pacifique, renforcent cette circulation et poussent les rivières atmosphériques vers les pôles.Le déplacement touche les régions de façons différentes
Les régions qui reçoivent moins de rivières atmosphériques peuvent faire face à davantage de sécheresses et de chaleur, tandis que celles qui en reçoivent davantage risquent davantage les inondations. Le sud de la Californie pourrait connaître moins d'épisodes de rivières atmosphériques, ce qui aggraverait les pénuries d'eau, alors que des régions comme la Colombie-Britannique et l'Alaska pourraient connaître des épisodes plus fréquents et plus intenses, augmentant le risque d'inondations et de glissements de terrain.Un déplacement non uniforme selon les latitudes
L'étude ne fournit pas de données précises concernant la France. Il convient donc de faire preuve de prudence avant d'appliquer ses conclusions aux régions situées à des latitudes similaires. Un décalage de 6 à 10 degrés de latitude ne signifie pas nécessairement plus ou moins de pluie dans une zone donnée, car l'étude porte sur des bandes de latitude entières plutôt que sur des régions particulières.Des facteurs naturels et humains à l'œuvre
Si le réchauffement climatique influence le comportement futur des rivières atmosphériques, le déplacement observé jusqu'ici ne peut pas être attribué uniquement au réchauffement. L'étude suggère une combinaison de variabilité naturelle et de changement climatique d'origine humaine. Les cycles naturels de température du Pacifique, comme La Niña et El Niño, jouent eux aussi un rôle important dans ces schémas.