L'histoire des émeutes et des pillages en France est profondément enracinée dans son passé révolutionnaire, avec des échos dans les troubles modernes et la littérature.
L'histoire des émeutes et des pillages en France
Les émeutes et les pillages ne sont pas propres à la France : des phénomènes semblables se sont produits partout dans le monde, comme en Angleterre en mars 1990 lors des manifestations contre la Poll tax, ou aux États-Unis après la mort de George Floyd en 2020. Toutefois, la France entretient une mythologie historique singulière autour de ses mouvements sociaux, liée en particulier à la Révolution de 1789.Les pillages pendant la Révolution française
Dans les jours qui précèdent la prise de la Bastille, une partie de la population détruit les barrières d'octroi et s'empare de produits alimentaires dans les boutiques ; les pillages commencent le 12 juillet 1789. Ce phénomène ne se limite pas à Paris : il est observé dans d'autres villes, et conduit à la « Grande Peur » de l'été 1789 sur l'ensemble du territoire français.Pillages et révolution au XIXe siècle
Tout au long du XIXe siècle, les insurrections et les révolutions s'accompagnent souvent de pillages, bien que les révolutionnaires considèrent parfois les pillards avec méfiance, craignant qu'ils ne nuisent à l'image de la révolution. Par exemple, après la proclamation de la République en 1848, les pillards sont condamnés.Les insurrections dans la littérature
Ces soulèvements, accompagnés ou non de pillages, ont été immortalisés dans des œuvres littéraires telles que Les Misérables de Victor Hugo et Germinal d'Émile Zola. Les mythes révolutionnaires persistent, comme le montrent les actions de Louise Michel, qui conduit en 1883 une manifestation marquée par le pillage de boulangeries.Les pillages au début du XXe siècle
Des incidents semblables surviennent dans plusieurs villes françaises au début du XXe siècle, comme à Limoges en 1905, où des ouvriers de la porcelaine se mettent en grève et où certains sont accusés d'avoir pillé un arsenal. La période qui suit la Première Guerre mondiale connaît également des émeutes et des pillages, tandis que le Parti communiste français théorise l'insurrection.La glorification de la révolte dans la littérature
Les œuvres littéraires de cette période, comme Je brûle Paris d'abord de Bruno Jasienski, Persécuté persécuteur d'Aragon, ainsi que Le Cheval de Troie et La Conspiration de Paul Nizan, exaltent l'émeute et le pillage comme moyens de détruire les symboles du capitalisme.Des grèves sans violence et le rôle des syndicats
Les contre-exemples ne manquent pas : les grèves de mai 1936, au cours desquelles aucun incident majeur n'est recensé, et les grèves de mai-juin 1968, largement non violentes, à l'exception de quelques incidents dans la région lyonnaise et de l'incendie de la Bourse le 24 mai 1968. Les syndicats ont traditionnellement cherché à prévenir les pillages et à encadrer les manifestations, mais leur affaiblissement soulève des questions quant à leur capacité à organiser des mobilisations non violentes.Renouer avec les mythes révolutionnaires
Lorsqu'un gouvernement reste sourd aux revendications, les mécontents peuvent renouer avec une tradition nationale qui exalte la révolte. Ce schéma historique continue d'influencer la manière dont les troubles sociaux sont perçus et exprimés en France aujourd'hui.