L'exploration et la sécurité des grands fonds marins font face aux limites technologiques et aux tensions géopolitiques, comme le montrent la catastrophe du Titan en 2023 et le sabotage de câbles sous-marins.
Défis de l'exploration des grands fonds
Le contre-amiral Cédric Chetaille, à la tête du commandement numérique interarmées, a évoqué les difficultés d'accès et de surveillance des grands fonds marins, en prenant pour exemple la catastrophe du submersible Titan en 2023. Le Titan, un submersible privé, a explosé à 3 800 mètres de profondeur alors qu'il explorait l'épave du Titanic, ce qui illustre les risques des opérations en eaux profondes.Environnement des grands fonds et conflits
Les grands fonds sont un milieu peu transparent, ce qui en fait un foyer potentiel de tensions entre États. Les actions menées dans cette zone sont difficiles à attribuer en raison du manque de visibilité, ce qui complique les relations internationales et les efforts en matière de sécurité.Les défis de la surveillance en eaux profondes
La surveillance en eaux profondes est entravée par l'impossibilité, pour les ondes électromagnétiques, y compris les ondes radio, de traverser l'eau. Le son ainsi que les dispositifs autonomes, comme les robots ou les drones, constituent donc les principaux moyens d'observation, qui sont moins efficaces que les méthodes employées depuis la surface.Infrastructures sous-marines et sabotage
Les câbles sous-marins, qu'il s'agisse des câbles de communication en fibre optique, des gazoducs ou des câbles électriques, constituent des infrastructures critiques. Entre 2023 et 2025, des incidents d'endommagement de câbles en mer Baltique ont suscité des inquiétudes, les services russes étant soupçonnés sans que leur implication ait été confirmée. Le procédé consiste à traîner une ancre sur le fond marin pour rompre les câbles.Méthodes de sabotage sophistiquées
À de plus grandes profondeurs, des méthodes plus avancées, comme la rupture mécanique, le cisaillement ou les charges explosives, peuvent être employées. En mer Baltique, où le fond n'est pas très profond, une ancre suffit, mais au milieu de l'Atlantique, des drones à double usage peuvent être utilisés pour saboter, ce qui accroît la complexité de la sécurité sous-marine.Les capacités sous-marines de la Chine
La Chine a développé le concept de « porte-avions submergés », ou ruches sous-marines pour drones, qui peuvent servir à des fins civiles comme militaires. Ils permettent notamment de surveiller des installations sous-marines, de mener des activités minières et de la recherche scientifique, ce qui traduit l'intérêt croissant de la Chine pour les technologies des grands fonds.Les sous-marins avancés de la Russie
La Russie a conçu des sous-marins « matriochka », qui transportent de plus petits sous-marins habités jusqu'à de plus grandes profondeurs. Cette technologie permet des opérations prolongées dans les grands fonds, renforçant les capacités militaires et stratégiques du pays.L'exploration des grands fonds par la France
La France occupe une place importante dans l'exploration des grands fonds, avec le Nautile, un navire scientifique qui a effectué environ 2 200 plongées depuis 1984. La Marine nationale prévoit d'acquérir des drones et des robots capables d'atteindre 6 000 mètres de profondeur, au service à la fois des intérêts scientifiques et nationaux.Les technologies à double usage dans les grands fonds
Les défis des grands fonds touchent à la fois à l'exploration scientifique et à la souveraineté nationale. Les technologies utilisées dans ce milieu sont souvent à double usage, servant à la fois des fins civiles et militaires, ce qui complique la coopération et la régulation internationales.