Vanessa B., une Française liée à l'EI, est jugée pour tentative de meurtre et terrorisme, invoquant un passé difficile et la radicalisation comme facteurs de ses actes.
Vanessa B. jugée pour terrorisme et tentative de meurtre
Vanessa B., une femme de 38 ans originaire de Tarare, dans le département du Rhône, comparaît à Paris pour plusieurs chefs d'accusation, dont « association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme », « soustraction par un parent à ses obligations légales compromettant la santé, la sécurité, la moralité ou l'éducation de ses enfants » et « tentative d'homicide volontaire sur un cohabitant ». Elle est accusée d'avoir tenté de tuer son ancien mari avec un fusil à pompe, à bout portant.Vanessa B. reconnaît les faits
Lors de son audience, Vanessa B. a reconnu les faits qui lui sont reprochés, déclarant : « Je comprends pourquoi je suis là aujourd'hui et je suis vraiment désolée envers tout le monde et envers les victimes, j'ai compris l'ampleur de mes actes. » Elle a ajouté : « Je reconnais les faits et j'ai réalisé que j'étais un maillon de cette chaîne (de l'EI, note de la rédaction). »Vanessa B. invoque la légitime défense
Interrogée sur la question de savoir si elle avait l'intention de tuer son ancien mari, Vanessa B. a répondu : « Il m'a agressée, mon corps a réagi. Je n'avais aucune intention de tuer. Je voulais me défendre. » Selon les débats judiciaires, Vanessa B. a connu une enfance « complètement brisée », marquée par un environnement familial dysfonctionnel.L'enfance difficile de Vanessa B.
Sa mère était « toxicomane » et son père biologique n'était pas en mesure de s'occuper d'elle. Dès l'âge de 6 mois, elle a été placée dans une famille d'accueil et a reçu une éducation catholique, tout en continuant à rendre visite à sa famille biologique une fois toutes les deux semaines. Elle a décrit des moments douloureux passés parmi ses demi-frères et demi-sœurs, qui avaient une apparence « de type arabe », alors qu'elle était blonde aux yeux bleus. Selon plusieurs experts, cette différence physique a entraîné un « flou identitaire ».Le vécu dans la famille d'accueil
Dans sa famille d'accueil, Vanessa B. a connu d'autres difficultés. Elle s'est décrite comme « raciste » et intolérante envers les origines maghrébines de ses parents. Elle a déclaré qu'au retour de ses visites chez sa famille biologique, elle était soumise à des douches « de récurage », où elle était frottée jusqu'à devenir rouge, et où du vinaigre était versé sur son corps. À l'âge de 15 ans, elle a sombré dans la petite délinquance, et sa famille d'accueil ne voulait plus la garder.Des accusations d'agressions sexuelles
Elle a été placée dans un foyer où, selon ses déclarations, elle a subi des viols. Elle a toutefois nuancé ses propos en affirmant : « Ce n'étaient pas des viols, parce que je les laissais faire. » Son père biologique a par la suite été incarcéré pour des actes de pédophilie sur l'une de ses nièces. Alexandra B., une des demi-sœurs de Vanessa, a déclaré par visioconférence que leur père « couchait avec nous, il venait se coucher avec nous le soir. Il a dormi avec moi jusqu'à mes 9 ou 10 ans. »La radicalisation de Vanessa B.
Vanessa B. a décrit sa radicalisation comme liée à sa « quête identitaire » et à une « angoisse d'abandon ». Selon la psychologue experte Julie Marical, l'islam lui a offert un cadre qui aurait pu la sécuriser. Elle pensait que plus sa pratique était rigoureuse, plus elle pourrait se sentir heureuse. Cette conviction était toutefois une erreur. Sa rencontre avec l'islam a coïncidé avec sa rencontre avec le père de son premier enfant, avec qui elle a fini par rompre en raison de ses infidélités.Le départ de Vanessa B. pour la Syrie
Elle s'est radicalisée par la suite, portant des voiles plus longs. Sa radicalisation s'est accélérée lorsqu'elle a commencé à consommer des contenus fondamentalistes sur internet. Elle affirme avoir voulu rejoindre le califat de l'EI en Syrie, sans prévoir la violence à laquelle elle allait être confrontée. En décembre 2013, Vanessa B. est partie en Syrie avec ses deux enfants, un garçon de 5 ans et une fille de 2 ans, nés de pères différents.La vie de Vanessa B. en Syrie
Selon l'enquêteur de la DGSI, elle avait un « profil atypique », car elle est parvenue à rejoindre la Syrie seule, faisant preuve de débrouillardise et d'une expérience des techniques de dissimulation. En Syrie, elle a épousé un combattant de Daech, le Français Mohamed S. Ce mariage lui a procuré un logement à Raqqa, mais il a été marqué par des conflits. La violence a atteint son paroxysme lorsqu'elle a tiré sur Mohamed S. avec un fusil à pompe.Vanessa B. face à son ancien mari
Selon une amie d'enfance, elle lui a confié qu'elle avait tiré parce qu'elle se défendait, et qu'il la battait, elle et ses enfants. Grièvement blessé, Mohamed S. a survécu et a choisi de pardonner à son épouse, ce qui lui a permis d'échapper à la peine de mort. Après le départ de Mohamed S. de Syrie, Vanessa B. a dû trouver un nouveau mari et a fini par épouser un jihadiste tunisien, Hamza B., avec qui elle a eu un fils.Le retour de Vanessa B. en France
Sa demi-sœur a déclaré que Vanessa n'avait pas peur des bombardements. Toutefois, la réalité de la guerre et des bombardements des forces russes sur les bastions de Daech a fini par la rattraper. En 2017, ses deux filles, âgées de 6 et 2 ans, ont été tuées dans un bombardement. Ce drame a marqué le début de la fin de son exil religieux. Vanessa B. a suivi le recul géographique de Daech et a déménagé à plusieurs reprises pour échapper aux bombardements avec ses enfants.Vanessa B. risque la perpétuité
Elle a fini par se retrouver à Baghouz, près de la frontière irakienne. En 2019, après que son fils a été blessé par un obus, Vanessa B. a décidé de se rendre aux forces kurdes, avant d'être rapatriée en France en 2022. Vanessa B. encourt la perpétuité et une amende de 450 000 euros pour les faits qui lui sont reprochés. L'audience de ce jeudi constitue une étape importante pour déterminer son avenir, puisqu'elle fera face à son ancien mari Mohamed S., qu'elle a atteint d'un coup de fusil à pompe.