La France, longtemps fervente défenseure des investissements étrangers, fait désormais face à une incertitude croissante en raison d’une dette alourdie, de coûts en hausse, de dépenses budgétaires excessives, de taux obligataires en augmentation et de manifestations étudiantes. Près de deux ans et demi après la dissolution de l’Assemblée nationale, le pays traverse de nouveaux défis qui alimentent les inquiétudes quant à la stabilité de sa deuxième économie de la zone euro, derrière l’Allemagne. Kevin Thozet, membre du comité d’investissement du gestionnaire d’actifs Carmignac, a confié à l’AFP que la situation actuelle suscite une préoccupation majeure chez les investisseurs étrangers, plus inquiets qu’auparavant, y compris pendant les périodes d’instabilité politique antérieures. Au-delà des débats budgétaires difficiles attendus dans une Assemblée nationale fragmentée, l’incertitude principale réside dans l’élection présidentielle à venir et la possibilité d’un Parlement divisé après les législatives. Le risque est celui d’une forme de stagnation, les investisseurs reportant leurs décisions en attendant une voie plus claire vers la stabilité. Malgré ces défis, la France parvient à conserver son attractivité, en grande partie grâce aux politiques pro-entreprises du président Emmanuel Macron. Selon Business France, l’agence publique chargée de promouvoir l’investissement étranger, le pays a enregistré 1 878 décisions d’investissement étranger en 2025, soit une hausse de 11 % par rapport à l’année précédente. Ces investissements ont permis de créer ou de préserver 47 734 emplois. Pour la septième année consécutive, la France a attiré le plus grand nombre de projets d’investissement étrangers, devançant le Royaume-Uni et l’Allemagne, selon le baromètre de l’entreprise de conseil EY. Une nouvelle édition de Choose France, l’événement annuel organisé par l’Élysée, est prévue le 18 janvier, la dernière avant le départ de Macron. En mai, l’événement avait déjà annoncé un record de 93 milliards d’euros d’investissements. Jérôme Souied, président-directeur général de Kearney France, a expliqué à l’AFP que l’incertitude devrait ralentir les décisions d’investissement, comme on l’observe actuellement. Toutefois, tant que cette incertitude ne remet pas en cause les atouts structurels de la France, tels que son énergie nucléaire décarbonée, son vivier de talents, la qualité de ses infrastructures et sa capacité d’innovation, ces facteurs continueront de jouer en sa faveur. Ted Pick, PDG de la banque d’investissement américaine Morgan Stanley, actuellement à Paris, partage ce point de vue. Dans un entretien accordé à Les Echos, il a déclaré que si beaucoup voient le verre à moitié vide, lui préfère se concentrer sur les fondations solides du pays. Un sondage réalisé en janvier par Kearney, auprès de plus de 500 dirigeants d’entreprises internationales, place la France au septième rang des destinations les plus attractives pour les investissements directs étrangers, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni. Cependant, ces positions sont jugées fragiles dans la compétition mondiale pour les capitaux. Le baromètre d’EY révèle un recul, la baisse des projets d’investissement en France en 2025 étant plus marquée que dans les deux autres pays européens. Les investisseurs américains, principaux acteurs étrangers en France, se montrent particulièrement prudents. En février, un sondage de la Chambre de commerce franco-américaine, AmCham, a fait état d’un niveau de confiance historiquement bas. Eglé de Richemont, directrice générale d’AmCham, a souligné que l’incertitude politique et sociale, incluant les manifestations des Gilets jaunes, les protestations contre la réforme des retraites et les récentes mobilisations étudiantes, pèse sur l’image de la France. Elle a toutefois précisé que, si les investissements existants sont bien intégrés à l’économie, les décisions d’investissement actuelles et futures restent incertaines. Dans ce contexte, Jérôme Souied insiste sur la nécessité pour Paris d’éviter la complaisance. À long terme, la mise en place d’une politique industrielle claire et la capacité à la maintenir s’avèrent cruciales pour renforcer la confiance des investisseurs.