Plus de 70 000 entreprises pourraient faire faillite d'ici 2026, mais les entreprises familiales prospèrent grâce à leur patrimoine immatériel, malgré les défis de transmission et d'adaptation.
Les entreprises familiales face au risque de faillite
Plus de 70 000 entreprises en France pourraient faire faillite d'ici la fin de 2026, mais les entreprises familiales font figure d'exception. Elles peuvent s'appuyer sur leur patrimoine immatériel, comme leur histoire, leur culture ou leur réputation, en plus de leurs actifs financiers.Les entreprises familiales dominent l'économie
Dans un paysage économique où la durée de vie moyenne des entreprises ne cesse de diminuer, les entreprises familiales défient le temps et traversent les générations. Une étude de 2024, fondée sur des données administratives françaises, montre que 71 % des groupes familiaux parmi les 95 055 groupes de plus de dix salariés étudiés sont des entreprises familiales. Elles représentent 69 % de l'emploi et 65 % de la valeur ajoutée de l'échantillon.Le patrimoine immatériel détermine la longévité
Dans un rapport de 2025 de l'Observatoire national de l'entrepreneuriat familial, réalisé auprès de 305 dirigeants d'entreprises familiales, 18 % de ces entreprises ont une longévité de plus de cinquante ans. La première caractéristique des entreprises familiales de plus de cinquante ans réside dans leur rapport au patrimoine immatériel, défini comme « l'ensemble des éléments non matériels qui contribuent à la valeur et à l'identité d'une entreprise ». Il comprend son histoire, ses savoirs, ses compétences, ses marques, ses relations clients et sa culture d'entreprise.Patrimoine immatériel et héritage
Ce concept renvoie à une notion des sciences sociales anglophones appelée legacy, définie comme « une trace immatérielle et persistante du passé qui façonne les comportements stratégiques du présent ». L'histoire et la culture des entreprises familiales sont des artefacts transmis et interprétés d'une génération à l'autre. Dans le rapport, 83 % des dirigeants d'entreprises familiales de plus de cinquante ans associent le patrimoine immatériel à l'histoire et aux traditions, contre 71 % dans l'ensemble de l'échantillon.Transmissions de direction et valeurs familiales
Plus une entreprise familiale est ancienne, plus elle entend rester détenue par la famille. Dans le rapport, 72 % des dirigeants d'entreprises familiales de plus de cinquante ans prévoient de confier la propriété de l'entreprise à un ou plusieurs membres de la famille occupant des postes de décision, contre 57 % en moyenne. Ces résultats mettent en évidence un processus d'ancrage familial, qui se renforce avec le temps et accentue le phénomène de « dépendance au sentier ».La dépendance au sentier dans les entreprises familiales
Ce terme, créé par l'économiste Paul David en 1985, désigne un processus dans lequel les choix et trajectoires passés conditionnent fortement les décisions présentes et futures, rendant tout changement ou retournement difficile. Dans le cas des entreprises familiales, ce concept montre comment celles-ci sont influencées par leur histoire et leurs décisions passées. Les entreprises évoluent selon des « trajectoires naturelles », leurs choix futurs étant façonnés par leurs expériences et routines antérieures.Patrimoine immatériel et croissance
Plus une entreprise familiale est ancienne, plus son chiffre d'affaires moyen est élevé. Parmi les entreprises de plus de cinquante ans du rapport, 50 % réalisent un chiffre d'affaires supérieur à 5 millions d'euros, contre 24 % pour celles de moins de quinze ans. La persistance peut être synonyme de croissance. Les entreprises qui traversent les générations parviennent à croître et à se développer en capitalisant sur leur patrimoine immatériel – réputation, réseaux, compétences – pour conquérir de nouveaux marchés.Le capital financier comme partie du patrimoine immatériel
Par ailleurs, 55 % des personnes interrogées considèrent que le « capital financier » fait partie du patrimoine immatériel. Une vision qui peut sembler paradoxale, car le capital financier est, par définition, une ressource matérielle et quantifiable. La raison ? Selon 95 % des dirigeants, il améliore la réputation de l'entreprise. Toutefois, les dirigeants identifient certains risques liés au patrimoine immatériel : 35 % affirment qu'il limite la capacité à attirer de nouveaux talents et 36 % considèrent qu'il complique la transformation de l'entreprise.Concilier préservation et adaptation
Notre rapport souligne que 97 % des dirigeants veulent préserver leur patrimoine immatériel, mais 67 % estiment qu'il doit être adapté, au moins en partie. La longévité n'est un atout que si elle s'accompagne d'une capacité permanente à se remettre en question.Nouvelles générations et évolution des valeurs
« On constate que les nouvelles générations ne veulent plus faire comme les générations précédentes, c'est-à-dire adhérer pleinement à l'entreprise familiale. Elles envisagent aussi une sortie. (…) La valeur travail a évolué. Le sentiment d'appartenance se dilue et diminue de plus en plus au sein des nouvelles générations de salariés », affirme un expert interrogé.La longévité, atout ou piège
Si la longévité des entreprises familiales suscite l'admiration, elle soulève une question épineuse : cette longévité constitue-t-elle réellement un atout, ou peut-elle devenir un piège ? Combien d'entreprises centenaires ont disparu pour avoir trop respecté la vision de leur fondateur face aux ruptures technologiques ou sociétales ?