Laura Henno, finaliste du prix Marcel Duchamp 2026, explore la réalité à travers un mélange de formes sensorielles, presque romanesques, entrelaçant souvent fiction et sujets documentés. Ses œuvres mettent en scène des adolescents fragiles, des migrations clandestines aux Comores et à Mayotte, ainsi que les habitants de campements précaires dans le désert californien. Henno s’inspire de photographes comme Jeff Wall, Diane Arbus, Stephen Shore, Mitch Epstein, Joel Sternfeld, Taryn Simon et William Eggleston, tous ayant utilisé le paysage américain pour une analyse sociale.
Née à Croix, dans le Nord, mais élevée à Lille, Henno a grandi dans un milieu réceptif à l’art. Son père a étudié à Saint-Luc en Belgique avant de devenir architecte, tandis que sa grand-mère était dessinatrice. À 12 ans, Henno développe ses premières images à partir de plaques photographiques familiales anciennes, trouvées dans la maison de sa grand-mère, capturant un village et des visages des années 1920-1930. Sa première relation avec la photographie ne s’est pas immédiatement imposée comme une vocation.
Henno suit l’option arts visuels au lycée et en classe préparatoire, où elle rencontre Yves Brochard, un professeur qui deviendra plus tard son premier commissaire d’exposition. Elle poursuit son parcours en arts visuels à l’université, où la photographie remplace progressivement le dessin. Dès le début, Henno lie l’image à la « mise en scène et à la fiction ». Elle explique que, généralement, on commence par des images instantanées de ce qui est sous nos yeux, puis on développe des approches de mise en scène, mais elle a fait l’inverse, d’autant plus qu’elle écrivait aussi des nouvelles à cette époque.
Après trois ans à La Cambre, à Bruxelles, Henno intègre le Fresnoy. Le cinéma élargit sa perspective, l’amenant à expérimenter le film 16 mm, la photographie mise en scène et d’autres formes. Ses premiers modèles sont souvent des adolescents, une période qu’elle trouve intéressante pour « la question identitaire, l’incertitude, le devenir ». Une résidence dans un service hospitalier pour adolescents à Dunkerque l’amène à travailler avec de jeunes personnes souffrant d’anorexie, d’obésité ou de dépression, construisant un récit éloigné de l’approche réaliste.
Henno apprend à « s’imposer constamment dès le départ », dans un monde de l’art où une femme doit « savoir rapidement s’affirmer et éviter les pièges ». Pendant les années 2000, alors qu’elle arpente Dunkerque et Calais, la question des migrations émerge, mais Henno ne se sent pas prête à l’aborder avant un séjour à Rome en 2009. Là, elle découvre des signes de vies clandestines dans des friches et des parcs abandonnés, ce qui l’amène à comprendre la migration à travers la transformation et les formes de résistance.
Cette recherche s’étend à La Réunion, aux Comores et à Mayotte, notamment avec les films Koropa, Djo ou Ge Ouryao ! Henno ne se contente pas de passer quelques jours sur place, insistant sur un travail de longue haleine et immersif. Cette méthode l’a conduite jusqu’à Slab City, un campement improbable dans le désert californien. Henno note que Slab City a été beaucoup photographiée, souvent de manière sensationnaliste et voyeuriste, et que les Européens en ont une représentation fantasmée du désert.
À son arrivée à Slab City, Henno est confrontée à la violence du territoire, du désert, des conditions de vie, des habitants, et à son propre processus d’adaptation. Avec une collaboratrice américaine, elle loue une vieille caravane des années 1970, installe des panneaux solaires et des réserves d’eau. Lors de son premier séjour, elle attend trois semaines avant de commencer à photographier, le temps de « se fondre dans le paysage ». Au fil des années, certains Slabers l’adoptent, et elle devient partie intégrante du paysage tout en restant consciente de son privilège relatif.
Henno décrit son expérience à Mayotte ou à Slab City comme une immersion totale, à fleur de peau, avec les sons, les odeurs, les voix dans la nuit, les silences, le bruit, le chaos. Elle cherche à restituer cette expérience de manière plastique, sonore ou visuelle. Une immersion intense peut parfois nécessiter de s’échapper quelques jours, mais on garde « de petites cicatrices, au sens propre comme au figuré », et il faut se protéger des situations dramatiques et de la folie.
Certains personnages sont morts, d’autres ont disparu ou quitté Slab City. De ces neuf années est né Sonora, une installation vidéo à trois écrans présentée cet automne au Musée d’Art Moderne de Paris dans le cadre du prix Marcel Duchamp. L’installation se déploie en cinq chapitres, où les Slabers croisent les déplacés de la Grande Dépression, immortalisés par Dorothea Lange, connue pour la célèbre Migrant Mother.
Henno s’interroge sur le caractère documentaire ou fictionnel de son travail, affirmant que jouer sur cette ambiguïté n’est pas son objectif premier. La fiction enrichit sa proposition, lui permettant de dépasser une réalité dure tout en en préservant l’essence et la force sociale, avec des éléments métaphysiques. Les fractures sociales, la conquête de l’Ouest et le pouvoir militaire nourrissent et sapent constamment le rêve américain, notamment à Slab City, où « on a affaire à des gens qui sont des personnages réels, qui semblent sortis de la littérature ou du cinéma ».
Le monde extraordinaire de Henno est désormais au Musée d’Art Moderne, où elle rejoint les finalistes du prix Marcel Duchamp. Elle reconnaît les défis pour les artistes femmes, même si les nouvelles générations sont « bien plus armées », notamment grâce au retour du discours féministe. Cette reconnaissance renforce une artiste qui n’a pas d’intérêt pour les compromis : « Je n’ai jamais fait de concessions, même si l’on dépend d’un marché et d’une économie de l’art. Si je n’ai pas choisi les thèmes les plus bankables au monde, je ne le regrette pas. Ce qui m’intéresse, c’est de questionner mon rapport au monde. »
La photographe Laura Henno explore les réalités marginalisées à travers son objectif artistique
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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