Les traditions de protestation dans les universités et institutions françaises comme Sciences Po sont bien ancrées, mais pour les jeunes issus des quartiers populaires et des familles immigrées, l’engagement politique présente des obstacles spécifiques. En plus des craintes de répression policière, certains se heurtent à des interdits familiaux motivés par des inquiétudes liées au racisme et à un passé de violences. Pour certains, l’engagement politique commence par des renoncements. Une étudiante de 22 ans en master à Sciences Po, originaire de Stains, en Seine-Saint-Denis, et issue d’une famille turque immigrée, raconte qu’au lycée, alors que les manifestations contre la réforme des retraites battaient leur plein, elle n’a pas pu y participer en raison des règles strictes imposées par ses parents. Ce n’est qu’en tant qu’étudiante à Paris, lors du mouvement de soutien à la Palestine en 2023, qu’elle a commencé à s’impliquer dans les mobilisations. Pourtant, ses actions restent limitées : par exemple, elle ne pouvait pas quitter son domicile tôt le matin pour un barrage routier, car ses parents n’auraient pas compris. Même lorsqu’elle cache son keffieh dans son sac, ses parents devinent ses intentions. Elle décrit cette situation comme un « mécanisme de portage, une double désobéissance : civile d’un côté, familiale de l’autre ».
Derrière ces interdits familiaux se cache aussi la peur de la violence policière et du traitement réservé aux jeunes racisés. Dans le Val-de-Marne, une mère aux origines française, espagnole et marocaine, militante à la FCPE depuis près de dix ans, partage les convictions de ses enfants mais refuse qu’ils participent à des manifestations de rue. Elle explique que ses enfants pourraient être perçus uniquement comme des Maghrébins et craint les traitements inhumains qu’ils pourraient subir. Sa décision est sans appel : elle leur demande de soutenir les mouvements sur les réseaux sociaux, mais pas de se joindre aux défilés. Elle-même aimerait crier avec eux, mais choisit de protéger sa famille.
Pour les jeunes qui bravent ces interdits, la peur est double : celle de la violence policière et celle d’être démasqués par leurs parents. En cas de problème, s’ils sont retrouvés au commissariat ou à l’hôpital, on pourrait leur reprocher d’avoir tout déclenché. « On te dira toujours que ce n’est pas chez toi », souligne un étudiant de Stains.
Mohamed Gherab, étudiant en classe préparatoire à Montreuil, se heurte à des réserves familiales liées à la question de la légitimité. Sa mère s’oppose à son soutien aux barrages routiers et aux mobilisations, estimant que « de toute façon, on te dira toujours que ce n’est pas chez toi, tu te bats pour rien ». Pour ses parents, soit ils ne sont pas légitimes parce qu’ils ne sont « pas vraiment d’ici », soit ils doivent se contenter de ce qu’ils ont : les études et le reste. La méfiance de ses parents envers les mobilisations politiques est aussi influencée par le souvenir de la décennie noire en Algérie, durant laquelle des membres de sa famille ont été tués dans la rue, sans que rien ne change.
Malgré ces interdits, ces craintes et ces risques, ces jeunes continuent de revendiquer leur place dans les mouvements sociaux. À Sciences Po, beaucoup ont grandi dans une culture de la protestation, mais dans les banlieues, cette tradition n’existe pas : quand ils tentent de manifester sur place, ils se font tabasser et rentrent chez eux. Pourtant, les quartiers populaires ont leur propre histoire de luttes, même si les formes de mobilisation, leur transmission et les risques encourus ne sont pas nécessairement les mêmes que dans les milieux privilégiés. Mohamed assume son identité sans hésiter : « Je suis né ici, je suis Français, Algérien et banlieusard. » Cette affirmation résonne comme une réponse aux doutes de ses parents, affirmant sa place dans le débat public.
Manifestations de la jeunesse en France confrontées à des défis familiaux et policiers
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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